Si je ne devais garder qu’une région du Japon, ce serait celle-ci. La mer intérieure de Seto est un archipel de plusieurs centaines d’îles posées sur une eau presque toujours calme, sous le climat le plus sec du pays. On y saute de ferry en ferry entre des villages de pêcheurs, des musées enterrés, des îles à chats, des îles à lapins et des ports qui ont inspiré Miyazaki. C’est mon terrain de jeu depuis des années, et cet itinéraire de dix jours en rassemble le meilleur.
Le parcours va d’est en ouest, de Takamatsu à Matsuyama, en zigzaguant entre Shikoku et Honshū. Il se fait presque entièrement en train, ferry et vélo : c’est un voyage lent par nature, et c’est exactement pour ça qu’on y va.
La logique du parcours
La mer intérieure se longe par les deux rives : la côte de Honshū (Okayama, Onomichi, Hiroshima) et celle de Shikoku (Takamatsu, Matsuyama). Cet itinéraire fait les deux, relié au milieu par le Shimanami Kaidō, la route cyclable qui saute d’île en île. Les ferries sont fréquents, ponctuels et bon marché ; le seul vrai piège est de vouloir trop d’îles en trop peu de jours. Dix jours, c’est le bon tempo pour six îles et quatre villes, sans courir.

Les numéros suivent les étapes du guide. Toutes les adresses sont sur la carte interactive ci-dessous, à garder sur le téléphone pendant le voyage.

Jours 1-2 : Takamatsu, la base arrière

Takamatsu ne paie pas de mine, et c’est précisément sa qualité : une ville portuaire tranquille d’où partent les ferries vers toutes les îles, avec les meilleurs sanuki udon du Japon en guise de spécialité municipale. Le jardin de Ritsurin mérite une demi-journée entière : c’est à mon avis un des plus beaux jardins du pays, et il n’a même pas le statut officiel de « grand jardin » pour attirer les foules.
Jour 3 : Ogijima et Megijima, mes deux îles

Quarante minutes de ferry, et un siècle en arrière. Ogijima est un village entier posé de travers sur une colline : ruelles trop étroites pour les voitures, maisons de pêcheurs, chats en poste fixe, et une communauté qui a refusé de mourir en rouvrant son école. J’y retourne à chaque passage dans la région. Sa voisine Megijima est l’île aux démons de la légende de Momotarō, avec sa grotte à oni et ses plages désertes. Les deux se combinent sur une journée avec le même ferry.
Jour 4 : Naoshima, l’art sous les pois

On ne présente plus Naoshima, l’île que le groupe Benesse a transformée en musée à ciel ouvert : les bâtiments enterrés de Tadao Ando, la citrouille à pois, les maisons d’art du vieux village. C’est l’étape la plus fréquentée de cet itinéraire, surtout pendant la Triennale de Setouchi, et elle vaut quand même largement sa journée : réservez le Chichu Art Museum à l’avance et gardez les heures creuses pour le village.
Jour 5 : Manabe-shima, l’île dessinée

Entre Shikoku et Honshū, faites le crochet par Manabe-shima, la petite île que Florent Chavouet a crayonnée maison par maison dans son livre. Pas un site touristique, pas un distributeur : juste un village, des chats, un ponton. C’est l’étape qu’on saute quand on est pressé et qu’on regrette ensuite. Les amateurs d’îles minuscules pousseront même jusqu’à Shishijima et ses dix-neuf habitants.
Jour 6 : Tomonoura et Abuto Kannon

Retour côté Honshū. Tomonoura est le port d’époque Edo qui a inspiré Ponyo à Miyazaki : une lanterne de pierre, des ruelles qui sentent le mirin, des chantiers navals minuscules. À vingt minutes de route, le pavillon vermillon d’Abuto Kannon s’accroche à sa falaise au-dessus de la mer, avec une rambarde si basse qu’on comprend pourquoi les marins venaient y prier.
Jour 7 : Takehara et l’île aux lapins

Takehara a fait fortune dans le sel et le saké, et son quartier préservé aligne les demeures de marchands sans presque aucun visiteur : c’est la « petite Kyoto » de Hiroshima, en version sans autocars. Depuis le port voisin de Tadanoumi, douze minutes de ferry mènent à Ōkunoshima, l’île aux centaines de lapins en liberté, dont l’histoire militaire sombre ajoute une épaisseur inattendue à la séance de câlins.
Jour 8 : Onomichi, la ville aux pentes

Onomichi grimpe entre ses temples par un lacis d’escaliers, de passages sous les maisons et de points de vue sur le détroit. C’est une ville de chats, d’artistes et de vieux cafés, parfaite pour une journée sans programme : montez au Senkō-ji par le chemin des temples, redescendez par les ruelles, laissez-vous perdre.
Jour 9 : le Shimanami Kaidō à vélo

Le Shimanami Kaidō relie Onomichi à Shikoku par 70 kilomètres de ponts et d’îles, avec une piste cyclable dédiée d’un bout à l’autre. La journée complète est superbe mais exigeante ; la version raisonnable s’arrête à Setoda sur Ikuchijima, le temps de visiter le Kōsan-ji, ce temple délirant à colline de marbre blanc, avant de rentrer en bus ou de continuer selon les jambes. Les vélos se louent à l’unité et se rendent de l’autre côté.
Jour 10 : Matsuyama et le bain de Chihiro

Terminez à Matsuyama, la grande ville douce de Shikoku, pour la récompense finale : Dōgo Onsen, le plus vieux bain public du Japon, labyrinthe de bois à étages qui a inspiré l’établissement du Voyage de Chihiro (le site officiel détaille bains et horaires). Si le Japon rural vous manque déjà, le village de marchands de cire d’Uchiko est à une demi-heure de train.
Et Miyajima dans tout ça ?

Le grand torii de Miyajima est à une heure de Hiroshima, et beaucoup voudront l’ajouter en épilogue. Faites-le bien : dormez sur l’île, et allez voir le torii au lever du jour, quand les excursionnistes ne sont pas encore arrivés. En pleine journée, c’est l’endroit le plus fréquenté de toute la mer intérieure ; à 6 heures du matin, il n’y a que vous, les biches et la marée.
Transports et budget
La région se prête mal au pass national : les ferries n’y sont jamais inclus et les distances en train restent courtes. Faites le calcul avec notre calculateur JR Pass avant d’acheter quoi que ce soit ; le plus souvent, les billets à l’unité gagnent. Les ferries coûtent quelques centaines de yens par traversée, la location de vélo sur le Shimanami autour de 3 000 ¥ la journée. Pour situer le budget global, les repères sont dans Combien coûte un voyage au Japon : comptez la région légèrement sous la moyenne nationale, îles comprises.
Quand faire cet itinéraire
Setouchi est la région la plus sèche du Japon : même la saison des pluies y est plus clémente qu’ailleurs, ce qui en fait un excellent choix de juin. Mes créneaux préférés restent mai et octobre-novembre, comme partout (le détail mois par mois est dans le calendrier Quand partir). Un point d’attention : pendant la Triennale d’art (années impaires, printemps-été-automne), Naoshima et ses voisines se remplissent ; réservez les hébergements insulaires très en avance ou décalez vers les îles non participantes, qui restent vides.
Pour aller plus loin
Si c’est votre premier séjour au Japon, le grand classique Tokyo-Kyoto est couvert par mon itinéraire de 10 jours. Et si cette boucle vous a plu, la suivante descend plus au sud : mon itinéraire de 14 jours au Kyushu, volcans et îles comprises, dont la carte est ci-dessous.
