Je suis arrivé au Japon en 2008 sans plan particulier, juste un contrat de travail et le vague sentiment que l’aventure asiatique commencée en Chine deux ans plus tôt n’était pas encore finie. Dix-huit ans plus tard, je suis toujours ici, et ce site est sans doute la chose la plus continue que j’aie jamais faite.
Avant le Japon, il y a eu la Chine
Je suis né dans un village au sud de Bordeaux, près du bassin d’Arcachon. Études d’ingénieur à Paris, puis une année de césure dans une université chinoise pour étudier la langue et voir si l’Asie me parlait. Elle me parlait, beaucoup. J’avais commencé à tenir un blog à cette époque-là, sans vraie raison, juste pour raconter ce que je voyais et envoyer des nouvelles à ma famille restée en France. C’est cette habitude qui s’est prolongée quand je suis arrivé au Japon, juste avec un autre décor.
Tokyo, photographie, et un accident
Les premières années à Tokyo, c’était du travail en semaine et de l’exploration le week-end. Quartiers que je ne connaissais pas, lignes de train que je n’avais pas l’idée de prendre, montagnes ou îles que les Japonais eux-mêmes ne pensent pas à mentionner. Pour fixer tout ça, je me suis mis à la photographie. Sérieusement. J’ai investi dans un boîtier, j’ai lu des manuels, j’ai pris des leçons en autodidacte sur le terrain.
Et puis un jour, un peu par hasard, je me suis retrouvé sous la pluie dans un site abandonné en cherchant autre chose. Un haikyo, comme on dit ici : un lieu en ruine, oublié, où la nature a repris le dessus. Je suis rentré avec des photos, je les ai postées sur le blog, et le retour a été disproportionné par rapport à n’importe quoi d’autre que j’avais publié.
Je n’avais pas particulièrement décidé de devenir un blogueur haikyo. C’est l’inverse : les lecteurs ont décidé pour moi en venant chercher ces articles-là, et j’ai suivi le mouvement. Pendant plusieurs années, le site a surtout été connu pour ça. Gunkanjima, Nara Dreamland, le Hachijo Royal Hotel et des dizaines d’autres explorations ont fini par dessiner une géographie parallèle du Japon, celle des lieux qu’on ne montre plus.
Du haikyo à l’offbeat
Avec le temps, j’ai réalisé que le Japon est rempli de pépites dont personne ne parle, et qu’elles ne sont pas toutes en ruine. Un village de pêcheurs sur la mer du Japon. Un sanctuaire au bout d’un sentier sans nom. Une route de campagne qui s’arrête sur un cratère. Un petit musée tenu par un homme qui a passé sa vie à collectionner des choses dont personne ne se soucie. Ces endroits-là méritent autant d’attention que les haikyo, peut-être plus, parce qu’on peut les visiter sans inquiéter quiconque et qu’on en sort heureux plutôt que mélancolique.
Le site s’est donc étendu, sans renier ce qu’il avait été. Je continue à explorer des lieux abandonnés, c’est plus fort que moi, mais aussi des îles, des villages traditionnels, des routes oubliées, des temples discrets, des excentricités, des coins du Japon que les guides ignorent. C’est ce que veut dire offbeat : à côté du sentier battu, parfois sur un autre sentier complètement.
Le site est aussi mon atelier
Je suis développeur. La grande majorité du code de ce site, et la plupart des plugins qui le font tourner, sont de moi. Meow Apps est la structure sous laquelle je publie mes plugins WordPress depuis plus de dix ans. AI Engine, mon plugin principal, alimente le petit chatbot que vous voyez sans doute en bas à droite de cette page : il connaît tout le contenu du site et peut vous aider à trouver des articles, suggérer des itinéraires, répondre à des questions sur le Japon. Ce site est aussi sa vitrine.
Cette double casquette explique pourquoi le site bouge encore beaucoup après tant d’années. Quand j’ai une idée d’amélioration, je peux la coder le soir et la déployer le lendemain matin. C’est une chance que peu d’éditeurs de sites ont, et c’est probablement la raison pour laquelle Japon Secret est encore là.
Ce qui reste à raconter
J’ai des téraoctets de photos non publiées. Des lieux que j’ai visités et que j’avais oubliés jusqu’à retomber sur leurs images en cherchant autre chose dans ma bibliothèque. Des articles écrits aux trois quarts qui attendent que je décide où ils s’inscrivent. Des coins du Japon que je n’ai pas encore vus mais qui sont sur ma liste depuis dix ans. Le site n’a pas fini sa vie, loin de là.
Si vous trouvez ici un article qui vous donne envie d’aller voir un lieu de vos propres yeux, ou simplement de mieux comprendre ce qu’est le Japon en dehors des cartes postales, c’est gagné. C’est exactement pour ça que je continue.
Pour en savoir plus sur moi en dehors du Japon, ma biographie complète est sur jordymeow.com. Vous pouvez aussi me retrouver sur Meow Apps côté code, ou sur Ikuzo, l’application de planning de voyages que j’ai créée parce qu’il me la fallait.