Le Japon est un archipel. On l’oublie en arrivant à Tokyo, mais le pays compte officiellement plus de 14 000 îles (14 125 selon le recensement de 2023, presque le double des 6 852 reconnues jusque-là, grâce aux nouvelles mesures satellites). Au-delà des quatre îles principales (Honshū, Hokkaidō, Kyūshū, Shikoku), il existe un univers entier d’îles habitées, certaines à 1 000 km du continent, chacune avec son micro-climat, sa cuisine, sa culture. Voici mes préférées, classées par ambiance.
Les îles d’art du Setouchi
La mer intérieure de Seto, entre Honshū et Shikoku, compte 700 îles. Une dizaine d’entre elles forment ce qu’on appelle aujourd’hui le “Setouchi Triennale”, un parcours d’art contemporain inauguré en 2010. Quatre essentielles :
👉 Naoshima (Kagawa). L’île mère du projet, transformée par le mécène Soichiro Fukutake en musée à ciel ouvert. La citrouille jaune de Yayoi Kusama, le Chichu Art Museum de Tadao Ando enterré sous terre, le Art House Project dans le village de Honmura. Probablement la destination culturelle la plus marquante du Japon contemporain.
👉 Ogijima (Kagawa). Voisine de Naoshima, plus petite, plus sauvage. Le village escarpé, les chats, les sculptures dispersées entre les pêcheurs. À combiner avec Naoshima sur 2 jours.
👉 Teshima (Kagawa). Plus discrète encore. Le Teshima Art Museum de Ryue Nishizawa (une cavité de béton ouverte sur le ciel où des gouttes d’eau apparaissent du sol) est une des expériences architecturales les plus pures du Japon.
👉 Megijima (Kagawa, en face de Takamatsu). L’île aux démons (selon la légende du Momotarō). Une grotte sur la colline, des plages, beaucoup moins de monde que Naoshima.
👉 Shishijima (Kagawa). Pour fuir totalement les foules de la Triennale, mettez le cap sur cette île minuscule au large de la péninsule de Shonai : 19 habitants, pas une voiture, le doux parfum de l’ère Shōwa et des chèvres en liberté.
Les îles aux chats
Toujours dans le Setouchi, le Japon a une demi-douzaine d’îles où les chats sont plus nombreux que les humains. Pour les détails, voir mon guide Les chats du Japon. Les essentielles :
👉 Manabe-shima (Okayama). 200 chats pour 200 habitants. Documentée dans le roman graphique de Florian Chavouet.
👉 Aoshima (Ehime). “L’île aux chats” emblématique des reportages, 150 félins pour une dizaine d’habitants âgés.
👉 Tashirojima (Miyagi). Au nord, avec un sanctuaire dédié aux chats au centre de l’île.
Les îles tropicales d’Okinawa
L’archipel des Ryūkyū s’étire sur 1 000 km au sud-ouest du Japon. Climat subtropical, plages de carte postale, culture qui n’est pas vraiment japonaise. Voir mon guide complet Quoi faire à Okinawa. Les essentielles :
👉 Miyako-jima. L’île carte-postale par excellence. Ponts sur la mer, plages turquoise, ambiance balnéaire japonaise sans tourisme international massif.
👉 Kumejima. Plus discrète, plages préservées, formations rocheuses Tatami-ishi, et une population féline. L’envers du tourisme balnéaire.
👉 Ishigaki et Iriomote. Le bout du monde japonais, à 400 km au sud-ouest de Naha. Iriomote est une jungle tropicale sauvage (chat sauvage endémique). Ishigaki est plus accessible (Dark Sky pour l’astrophotographie).
👉 Les îles Kerama (Tokashiki, Zamami, Aka). Parc national marin, plongée de classe mondiale, baleines à bosse en hiver.
Les îles volcaniques (extrêmes)
👉 Aogashima (Tokyo administrativement). Une île-volcan à 360 km au sud de Tokyo, formée de deux cratères imbriqués. 170 habitants, accessible uniquement par hélicoptère ou par ferry de 7h depuis Hachijōjima (lui-même à 11h de bateau de Tokyo). Probablement l’un des endroits les plus reculés et les plus singuliers de la planète. Pas d’hôtel, pas de cash machine, pas de supermarché. Un onsen naturel chauffé par le volcan, et un silence profond.
👉 Les îles Ogasawara. À 1 000 km au sud de Tokyo, accessibles uniquement par ferry de 24h. Patrimoine mondial UNESCO pour leur biodiversité unique (les “Galápagos du Pacifique”). Pas d’aéroport, c’est volontaire. Une semaine minimum sur place pour le ferry aller-retour + le séjour.
👉 Izu Ōshima (Tokyo). La plus proche de la capitale, à 2h de ferry. Dominée par le volcan Mihara et son saisissant désert de cendre noire qu’on traverse à pied, comme un fragment de Lune au large de Tokyo.
👉 Rishiri (Hokkaidō). Le « Rishiri-Fuji », un cône volcanique presque parfait qui jaillit de la mer au large du cap nord d’Hokkaidō. Randonnée jusqu’au sommet, oursins frais, et l’île jumelle de Rebun pour les fleurs alpines.
Les îles sauvages et abandonnées
👉 Yakushima (Kagoshima). UNESCO depuis 1993. Forêt humide aux cèdres millénaires, qui a inspiré Miyazaki pour Princesse Mononoké. Le Jōmon-sugi a plus de 2 000 ans. À combiner avec une visite à l’ancien village forestier abandonné d’Ishizuka pour les explorateurs.
👉 Ikeshima (Nagasaki). L’île-mine abandonnée. Voisine moins connue de Gunkanjima mais accessible et habitée par quelques retraités. Une ambiance post-industrielle saisissante.
👉 Ōkunoshima (Hiroshima). L’île aux lapins. Et l’île de l’ancienne usine de gaz toxique, effacée des cartes officielles. Voir mon guide complet Quoi faire à Hiroshima.
👉 Tsushima (Nagasaki). Pour les fans du jeu Ghost of Tsushima. À mi-chemin entre Fukuoka et la Corée, paysages côtiers, sanctuaires anciens, histoire de samouraïs.
👉 Sado (Niigata). La sixième plus grande île du Japon, ancienne île d’exil pour empereurs et nobles disgraciés. Le village de Shukunegi, fait de maisons en bois patiné serrées les unes contre les autres dans une crique, est l’un des plus beaux du pays.
Comment combiner les îles dans un voyage
- Triennale Setouchi : Naoshima + Teshima + Ogijima + Megijima en 4-5 jours depuis Okayama ou Takamatsu. Saison artistique mars-novembre.
- Okinawa Sud : Miyako + Ishigaki + Iriomote en 7-10 jours. Vol Naha-Miyako-Ishigaki.
- Kyushu sauvage : Yakushima + Tsushima depuis Fukuoka. 5-7 jours.
- L’aventure ultime : Aogashima (10 jours minimum à cause des ferries) ou Ogasawara (8 jours minimum).
(Pour planifier un itinéraire île par île, je tiens mes routes sur Ikuzo. Les horaires de ferry au Japon changent par saison, indispensable de vérifier avant de partir.)
Conseils pratiques pour les îles
- Cash impératif sur les petites îles. ATM rares ou inexistants, cartes souvent refusées.
- Réservez l’hébergement à l’avance. Les minshuku (chambres chez l’habitant) sont souvent les seules options, et les capacités sont minuscules (4-10 chambres).
- Saison des typhons (août-septembre) : les ferries sont annulés sans préavis. Prévoyez de la marge dans votre planning.
- Vélo électrique ou scooter sont souvent les meilleurs moyens de visiter une île. Très peu de taxis.
- Apprendre quelques mots du dialecte local pour les îles d’Okinawa : un “haisai” (bonjour en uchinaaguchi) fait toujours plaisir.
Le Japon est, pour beaucoup, ses villes : Tokyo, Kyoto, Osaka. Pour moi, c’est ses îles. C’est là qu’on retrouve les rythmes anciens, les paysages bruts, les chats à la pelle, et l’idée que le pays continental n’a jamais vraiment été le seul “Japon” possible. À chaque île, son Japon parallèle.