Les chats du Japon, où les rencontrer

Les chats du Japon, où les rencontrer

Mis à jour en mai 2026

Le Japon entretient avec ses chats un rapport très particulier. À la fois divinité (Maneki-neko, le chat qui appelle la fortune), totem (la déesse-chat de Bashō), animal de cohabitation discrète (les chats des temples, les chats des îles, les chats des ruelles) et obsession contemporaine (cat cafés, chats Instagram, manga félins), le chat est probablement le seul animal japonais qui a accompagné sans rupture toutes les époques. Après quinze ans à photographier les chats du pays, voici les endroits où je vous recommande d’aller pour les rencontrer.

Le sanctuaire Gōtokuji et les maneki-neko

À Setagaya, l’ouest de Tokyo, le temple Gōtokuji est considéré comme le lieu d’origine des maneki-neko, les chats à patte levée qu’on voit sur les comptoirs de tous les magasins japonais. La légende dit qu’au XVIIᵉ siècle, un seigneur féodal de la dynastie Ii passait devant le temple quand un chat lui fit signe d’entrer. Une seconde plus tard, la foudre frappait l’endroit où il venait de se trouver. Le seigneur, ému, fit du temple un sanctuaire familial. Aujourd’hui, des milliers de petits maneki-neko en céramique blanche, déposés par les fidèles, couvrent le pavillon principal en rangs concentriques. C’est une vision unique et photogénique au Japon. Accès facile depuis Shibuya, 30 minutes en train.

Les îles aux chats du Setouchi et de Kyushu

Le Japon compte officiellement 11 îles à chats où la population féline dépasse celle des humains. Les deux plus célèbres sont :

👉 Aoshima (Ehime), surnommée “l’île aux chats” tout court. 150 chats pour une douzaine d’habitants, presque tous âgés. Accès par ferry de 30 minutes depuis Nagahama. C’est l’île qui apparaît dans tous les reportages internationaux sur “Cat Island”. Très belle mais très fragile : les chats sont vieux, en partie malades, et l’île souffre du sur-tourisme depuis 2015. Visitez avec respect, n’apportez pas de nourriture sans demander aux résidents.

👉 Tashirojima (Miyagi), accessible depuis Ishinomaki. Plus authentique, moins surchargée, avec un sanctuaire dédié aux chats (Neko-jinja) au centre de l’île. La population féline a été soutenue historiquement par les éleveurs de vers à soie locaux, qui voyaient dans les chats des protecteurs naturels contre les souris.

👉 Manabe-shima (Okayama). Une petite île de 200 habitants et autant de chats, dans la mer intérieure de Seto. C’est l’île qu’a documentée le dessinateur Florian Chavouet dans son roman graphique Manabé Shima. Plus calme, plus accueillante que Aoshima, et probablement la meilleure île aux chats à visiter pour un Européen.

👉 Ogijima (Kagawa). Une île d’art contemporain de la Triennale de Setouchi, où la population féline s’est installée naturellement. Les chats déambulent entre les installations artistiques et les ruelles escarpées. À combiner avec Manabe-shima sur 2-3 jours.

👉 Naoshima (Kagawa). Voisine d’Ogijima, c’est l’île d’art mondialement connue. Les chats y sont moins concentrés mais omniprésents, complètement habitués aux humains.

👉 Kumejima (Okinawa). La plus tropicale des îles à chats. Plages turquoise, formations géologiques uniques, et une population féline détendue qui dort à l’ombre des palmiers. Probablement ma préférée.

Onomichi et sa ruelle aux chats

La ville d’Onomichi, en bord de Setouchi, est connue pour deux choses : ses 25 temples accrochés à la colline, et sa nekonomichi, la “ruelle aux chats” qui serpente entre les temples. Les chats y sont entretenus par les habitants, qui ont installé des distributeurs d’eau, des coussins, et qui posent même des plaques en céramique avec les noms des chats les plus connus. Plusieurs films de Yasujiro Ozu ont été tournés ici, et le quartier garde une ambiance très japon-d’avant-guerre. Probablement la meilleure ville où voir des chats dans leur élément urbain.

Inami et Yokamachi, la rue des chats

Dans la préfecture de Toyama, au cœur du village d’Inami, la rue Yokamachi est une rue commerçante de 200 mètres entièrement consacrée aux chats. Sculptures de chats sur les linteaux, panneaux signalétiques sculptés en forme de chat, devantures décorées, et plusieurs chats réels qui y passent leurs journées. Inami est aussi la capitale japonaise de la sculpture sur bois, ce qui explique la concentration de chats sculptés. Une petite balade d’une heure, surprenante et profondément attachante.

Le temple Unrin-ji, sanctuaire des chats sculptés

Dans un hameau reculé de la préfecture de Yamaguchi se trouve l’Unrin-ji, un temple zen entièrement dédié aux chats. Le pavillon principal est rempli de centaines de chats en bois sculpté, déposés par les fidèles en offrande, et une légende raconte qu’un chat fantôme protège encore le site. Très peu visité, presque secret. À l’entrée, un panneau résume la philosophie du lieu : “Un monde qui abandonne ses chats est un monde voué à l’oubli.” On ne peut pas mieux dire.

Les cat cafés de Tokyo

Le concept du neko café est né à Taïwan en 1998, importé au Japon en 2004 (le Café Nekobukuro à Ikebukuro fut le premier), et a depuis essaimé dans le monde entier. À Tokyo, il en existe environ une centaine. Mes deux préférés :

  • Mocha (Shibuya, Ikebukuro, Shinjuku). Une chaîne haut de gamme, environnement très soigné, prix d’entrée 600 yens les 10 minutes. Les chats sont visiblement bien traités et l’éthique est meilleure que la moyenne.
  • Nekorobi (Ikebukuro). Plus petit, plus intime, ambiance maison. Vingt chats environ, libre circulation, prix forfaitaire heure.

Une note d’éthique : tous les cat cafés ne se valent pas. Certains sont peu scrupuleux, gardent les chats dans des espaces trop petits ou trop bruyants. Vérifiez les avis sur Google ou Tabelog, privilégiez les lieux où les chats ont des espaces de retrait visibles et où aucun chat n’est forcé d’interagir. Si un chat dort, laissez-le dormir.

Voir les chats sans les déranger

Quelques règles que j’ai apprises au fil des années :

  • Ne nourrissez jamais les chats des îles ou des ruelles sans demander aux résidents. Les populations sont gérées localement, et de la nourriture inadaptée (lait, restes de plats salés) cause de réels problèmes de santé.
  • Laissez les chats venir à vous. Si vous vous accroupissez et restez immobile, les chats curieux s’approcheront. Si vous courez après, ils fuient et apprennent que les humains sont menaçants.
  • Pas de flash photo. Évident pour les chiens, souvent oublié pour les chats.
  • Respectez le silence du temple. Sur les sites comme Gōtokuji, les chats sont là parce que c’est calme. Ne le cassez pas.
  • Pas de selfie avec chat tenu de force. Si un chat se débat, lâchez-le.

Combien de temps pour faire un “tour des chats”

Si l’idée d’un voyage thématique chats vous tente, voici un itinéraire de 8-10 jours qui couvre l’essentiel :

  • Jour 1-2 : Tokyo (Gōtokuji + Mocha cat café)
  • Jour 3 : train vers Toyama, Inami et la rue Yokamachi
  • Jour 4-5 : Onomichi (ruelle aux chats, temples)
  • Jour 6 : Manabe-shima ou Ogijima en day-trip depuis Onomichi
  • Jour 7 : Unrin-ji (Yamaguchi), nécessite location voiture
  • Jour 8-10 : Vol vers Okinawa, Kumejima pour les chats sous palmiers

(Je tiens ma carte personnelle des spots à chats sur Ikuzo. Pratique parce que les bons endroits ne sont pas tous sur les guides.)

Pourquoi le Japon a-t-il autant de chats

Le chat a été introduit au Japon au VIᵉ siècle, importé de Chine avec les sutras bouddhistes (les manuscrits étaient rongés par les souris pendant les traversées). Pendant des siècles, posséder un chat était un privilège réservé à l’aristocratie. Puis, en 1602, le shogun Tokugawa Ieyasu ordonna de libérer tous les chats domestiques pour qu’ils luttent contre les rongeurs qui menaçaient l’industrie de la soie. Du jour au lendemain, le Japon est devenu un pays de chats errants.

Cette histoire explique deux choses qu’on voit aujourd’hui : des chats partout, particulièrement dans les zones rurales et insulaires (les anciens centres séricicoles), et une vénération culturelle particulière pour cet animal — du Maneki-neko à la pop culture (les chats de Studio Ghibli, Doraemon, Hello Kitty, Jiji de Kiki) en passant par les littérateurs (Sōseki et son Je suis un chat). En 2026, on estime qu’il y a plus de chats domestiques au Japon que d’enfants de moins de 15 ans. Faites-en ce que vous voulez de cette statistique.