« Quand est-ce que je dois partir au Japon ? » C’est la question que je reçois le plus souvent. La réponse honnête : il n’y a pas de mauvais mois. Il y a des mois où la moitié de la planète débarque, des mois où la météo vous en veut activement, et quelques semaines magiques chaque année dont presque personne ne parle. Ce guide passe en revue les douze mois.
Je vis ici depuis plus de dix ans, j’ai traversé toutes les saisons. Voici ce que je dirais à un ami qui essaie de choisir ses dates, pas la version polie de l’office du tourisme.
La réponse courte
- Meilleure météo, peu de monde : mi-octobre à mi-novembre, et mi-mai à mi-juin
- Plus beau, plus bondé : fin mars à début avril (sakura), fin novembre (érables d’automne)
- Le moins cher, mais météo difficile : janvier à début février (froid), fin juin à mi-juillet (saison des pluies)
- À éviter si possible : Golden Week (29 avril – 5 mai), Obon (mi-août), Nouvel An (28 décembre – 3 janvier)
Si vous voulez une seule phrase : réservez pour fin octobre. Les couleurs d’automne ne sont pas encore au pic (donc les prix sont normaux), la météo est sèche et vive, et le pays respire.
Janvier
Froid (2 à 10°C à Tokyo, neige dans le nord), sec, très clair. La première semaine est morte : presque tout est fermé du 28 décembre au 3 janvier pour le Nouvel An. À partir du 4 janvier, le Japon est vide de touristes, les prix sont au plus bas, et vous pouvez réserver le ryokan que vous voulez. C’est le meilleur mois pour les singes des neiges, les stations de ski, et les villes thermales sous la neige fraîche.
Ce que vous ratez : les sakura, les paysages verts, les terrasses. Ce que vous gagnez : la solitude dans les temples célèbres, la neige sur le toit du Kinkaku-ji avec un peu de chance, les plus belles nuits de ryokan de l’année.
Février
Toujours froid, toujours vide. Les fleurs de prunier (ume) commencent à mi-février : plus douces, moins médiatisées que les sakura, et vous aurez souvent les jardins pour vous. Le Festival de la Neige de Sapporo se tient début février. Setsubun (3 février) apporte de petits rituels dans les temples.
Honnêtement, fin janvier à fin février est l’une de mes périodes préférées pour voyager ici. Pas cher, calme, lumière dramatique, les bains chauds se méritent.
Mars
Le pays se réveille. Les températures grimpent doucement (5 à 15°C à Tokyo). La première moitié reste calme. Puis, autour du 20-25 mars à Tokyo (plus tard au Tohoku, plus tôt à Kyushu), les cerisiers explosent et tout change du jour au lendemain : les prix s’envolent, les hôtels sont complets, chaque parc se remplit de pique-niques hanami.
Si vous voulez les sakura, réservez 6 mois à l’avance. Visez la première semaine de floraison dans la ville cible (les prévisions sont publiées par la JMA en février). Les fleurs durent 7 à 10 jours, puis c’est fini.
Avril
Pic des sakura à Tokyo et Kyoto la première semaine. Météo magnifique (15-20°C), lumière parfaite. Aussi : pic de foule, pic de prix, pic d’angoisse de réservation. Puis arrive la Golden Week (29 avril – 5 mai), où la moitié du Japon part en vacances en interne et où les places de Shinkansen deviennent introuvables.
Si vous arrivez à viser la deuxième semaine d’avril (post-sakura, pré-Golden-Week), le pays est sublime et se vide. Voir mon guide Golden Week pour les tactiques de survie si vous tombez dedans.
Mai
Après la Golden Week, mai devient l’un des meilleurs mois. Chaud mais pas humide (18-23°C), vert partout, frais et clair. Les foules sont parties, les prix baissent. Les glycines fleurissent début mai (Ashikaga Flower Park est irréel). Les rizières commencent à se remplir d’eau et reflètent le ciel.
De mi-mai à mi-juin, c’est le créneau idéal que la plupart des voyageurs ne connaissent pas. Je le préfère à avril, n’importe quelle année.
Juin
La première moitié reste magnifique. Puis vers le 10-15 juin, la tsuyu (saison des pluies) commence et dure jusqu’à mi-juillet. Ce n’est pas une pluie continue, plutôt des averses de fin d’après-midi et beaucoup d’humidité. Mais les hortensias explosent (Meigetsu-in à Kamakura est un pèlerinage), les jardins sont saturés de vert, et les temples de Kyoto sous la pluie sont un autre monde.
Hokkaido échappe entièrement à la saison des pluies. Si vous voyagez fin juin ou début juillet, c’est là qu’il faut aller.
Juillet
Première moitié : la saison des pluies se termine en milieu de mois, remplacée immédiatement par une chaleur agressive (30-35°C, plus de 70% d’humidité). Deuxième moitié : la saison des festivals s’ouvre. Gion Matsuri à Kyoto dure tout le mois, avec des points culminants les 17 et 24 juillet. Tenjin Matsuri à Osaka les 24-25 juillet.
Le compromis : vous gagnez des festivals inoubliables, vous fondez en journée. Prévoyez tôt le matin et tard le soir, prenez de longues pauses climatisées à midi. Ou échappez-vous à Hokkaido.
Août
Chaud. Vraiment chaud. Tokyo atteint 35°C avec une humidité qui donne l’impression de nager. Mais aussi : les feux d’artifice (hanabi) les plus spectaculaires de l’année, chaque week-end. Festival Nebuta à Aomori début août. Festival de danse Awa Odori mi-août. Évitez la semaine d’Obon (autour du 13-16 août) : chaos des transports internes, Shinkansen complet, prix doublés.
Si vous devez venir en août, montez au nord (Hokkaido, Tohoku) ou en altitude (Kamikochi, Hakone, la vallée de Kiso). Ou réservez un séjour plage à Okinawa.
Septembre
Le mois compliqué. Première moitié : encore chaud, plus le risque de typhons (qui peuvent annuler votre Shinkansen et votre journée). Deuxième moitié : les températures baissent enfin, l’humidité casse. Fin septembre, l’air donne l’impression d’être dans un autre pays.
Une assurance voyage avec couverture interruption vaut le coup ce mois-ci. L’avantage : prix bas, pas de foule, et vous avez le pays presque pour vous.
Octobre
Le meilleur mois. Point. Journées à 18-23°C, sec, ciels d’un bleu profond. Les premières couleurs d’automne arrivent à Hokkaido et dans les hautes montagnes fin octobre. Les foules sont encore légères (la ruée d’automne n’a pas commencé). Halloween à Shibuya est la seule chose à éviter.
Si je planifiais le premier voyage d’un ami sans contraintes, je réserverais les deux dernières semaines d’octobre à chaque fois. Combinez ça avec l’itinéraire de 10 jours et vous êtes paré.
Novembre
Les érables d’automne (koyo) culminent mi-fin novembre à Kyoto et Tokyo, légèrement plus tôt en montagne. La lumière à travers les érables rouges de Tofuku-ji ou Eikando est quelque chose que je n’ai vu nulle part ailleurs au monde. Le compromis : c’est désormais la deuxième haute saison du Japon, et les spots les plus connus sont bondés.
Stratégie : restez 5 jours ou plus, faites les spots célèbres au lever du soleil, trouvez des endroits moins connus l’après-midi. Tofuku-ji ouvre à 8h30, soyez là à 8h30. Météo encore excellente (10-18°C), sec.
Décembre
Les trois premières semaines : froid, sec, étonnamment vide. Noël au Japon est une affaire de couples : illuminations partout, mais pas de jour férié national. Le KFC pour le dîner de Noël est une vraie tradition adorée (à réserver à l’avance). Dernière semaine : à éviter. Du 28 décembre au 3 janvier, le pays se met en pause pour le Nouvel An, les transports sont chaotiques, presque toutes les boutiques et beaucoup de restaurants ferment.
Mi-décembre est vraiment sous-estimé. Météo froide mais claire, illuminations, saison des ryokan, vous entrez partout. Si vous voulez le Nouvel An précisément (le hatsumode à minuit dans un grand sanctuaire est incroyable), venez exprès et acceptez la logistique.
Quelques notes pratiques
Prix des hôtels. Les semaines sakura et koyo peuvent atteindre 2 à 3 fois les tarifs normaux et sont complètes 6 mois à l’avance. Golden Week et Obon, c’est pareil. Mi-janvier, mi-février et mi-septembre sont les semaines les moins chères de l’année.
Prévisions sakura. La Japan Meteorological Corporation publie sa première prévision début février et la met à jour chaque semaine. Ne réservez pas sur la base des prévisions de janvier, elles bougent.
Prévisions koyo. Même idée, mais pour l’automne. Tokyo et Kyoto culminent autour du 20-30 novembre la plupart des années, les régions montagneuses plus tôt.
Climats à connaître. Tokyo est humide comme une ville côtière. Kyoto est dans une cuvette : plus chaud l’été, plus froid l’hiver. Hokkaido est un autre pays (neige l’hiver, pas de saison des pluies, étés doux). Okinawa est subtropicale toute l’année.
Pour le reste (budget, quoi emporter, logistique), voir la FAQ Japon. Pour le voyage lui-même une fois les dates choisies, l’itinéraire de 10 jours est la lecture suivante naturelle.