Golden Week au Japon : Faut-il Vraiment y Aller ?

Golden Week au Japon : Faut-il Vraiment y Aller ?

Un ami japonais m’a dit un jour que la seule semaine où il pouvait vraiment couper, c’était la Golden Week. Le reste de l’année, le travail le rattrape par le téléphone, par les emails, par la culpabilité de prendre plus de trois jours d’affilée. La Golden Week, elle, est sacrée. Et c’est exactement pour cette raison qu’elle est devenue, pour les voyageurs étrangers, l’une des pires semaines pour découvrir le Japon.

La Golden Week, c’est cette série de quatre jours fériés concentrés entre le 29 avril et le 5 mai qui devient, avec les ponts, la plus longue période de vacances du calendrier japonais. Pendant ces dix jours environ, le pays entier se met en mouvement. Les billets de Shinkansen se vendent en quelques minutes, les ryokan affichent complet six mois à l’avance, et le mont Fuji a ses files d’attente.

La question que tout le monde me pose : faut-il y aller, ou faut-il fuir ? Réponse honnête : si vous avez le choix, choisissez une autre période. Mais si vous n’avez pas le choix, ou si vous êtes du genre à aimer voir un pays vivre vraiment, voici comment je m’y prendrais.

C’est quoi exactement, la Golden Week

Quatre jours fériés rapprochés :

  • 29 avril, Showa Day (anniversaire de l’empereur Showa)
  • 3 mai, Constitution Day
  • 4 mai, Greenery Day
  • 5 mai, Children’s Day

Selon la tombée des week-ends, beaucoup de Japonais prennent les jours ouvrables au milieu en congé pour faire un pont continu de 7 à 10 jours. C’est la seule période de l’année où la majorité des salariés s’autorisent vraiment à quitter le bureau plus de quelques jours d’affilée.

Pourquoi c’est compliqué

Les transports d’abord. Les Shinkansen reliant Tokyo à Kyoto, Osaka, Kanazawa, Hiroshima sont en réservation totale. Les billets ouvrent un mois à l’avance et se vendent en quelques minutes pour les créneaux populaires. Les vols intérieurs (vers Hokkaido, Okinawa) atteignent des prix multipliés par trois. Les voitures de location sont rares et chères.

L’hébergement ensuite. Les ryokan dans les destinations populaires (Hakone, Kawaguchi-ko, Kyoto, Nikko) sont complets quatre à six mois avant. Ceux qui restent affichent des prix doublés ou triplés. Les hôtels d’affaires en ville restent disponibles plus tard, mais les tarifs y montent aussi de 30 à 60 %.

Et les sites touristiques. Tout est saturé. Les châteaux, les temples, les parcs floraux : files d’attente de plusieurs heures, foule dense, ambiance impossible. Si vous avez vu une photo de la rue Sannenzaka à Kyoto vide au lever du soleil, oubliez-la, pendant la Golden Week, même 6h du matin ne suffit pas.

Foule à Kyoto pendant la Golden Week

Les rares avantages

Soyons honnête : il y en a quelques-uns.

D’abord, la météo est superbe. Début mai au Japon, c’est sec, lumineux, ni trop chaud ni trop froid. Pour la photo et la randonnée, c’est une période parfaite si vous arrivez à éviter les foules.

Ensuite, les festivals locaux sont nombreux. Le Hakata Dontaku à Fukuoka (3-4 mai), les bateaux koinobori géants accrochés aux ponts un peu partout, le festival du sanctuaire Kanda à Tokyo certaines années. Si vous aimez la culture vivante plus que les vues calmes, il y a de la matière.

Koinobori, banderoles en forme de carpe

Et puis Tokyo, paradoxalement, se vide en partie. Beaucoup de Tokyoïtes partent, donc certains quartiers d’affaires (Shimbashi, Marunouchi) sont étonnamment calmes. Les restaurants populaires que vous ne pouviez jamais réserver le sont. C’est un Tokyo très différent à découvrir.

Si vous êtes obligé d’y aller : ma stratégie

1. Réservez tout, six mois à l’avance. Hôtels, ryokan, vols intérieurs, Shinkansen (un mois avant pour ces derniers, dès l’ouverture). Pas de réservation = pas de voyage agréable.

2. Évitez les classiques. Au lieu de Kyoto bondée, allez à Kanazawa (qui est à peine plus calme mais culturellement aussi riche) ou à Takayama. Au lieu de Hakone, partez vers Yufuin ou Kurokawa à Kyushu. Au lieu de Nikko, allez à Karuizawa ou dans les Alpes japonaises.

Famille japonaise en pique-nique au printemps

3. Restez à Tokyo. C’est paradoxal, mais Tokyo pendant la GW est moins infernale que Kyoto pendant la GW. Et c’est l’occasion d’explorer des quartiers qu’on n’a jamais le temps de voir : Yanaka, Kagurazaka, Shimokitazawa, Kichijoji. Tous calmes, tous intéressants.

4. Allez vers le nord. Le Tohoku (Aomori, Akita, Yamagata) reçoit beaucoup moins de touristes pendant la GW. Le sud Hokkaido aussi. Les destinations rurales et reculées offrent une Golden Week presque normale.

5. Ne prenez pas un JR Pass pour la GW. Comme tous les Shinkansen sont en réservation obligatoire à cette période, et que les trains sont pleins à craquer, l’avantage du pass diminue beaucoup. Comparez avec des billets individuels achetés à l’avance.

Et si vous pouvez choisir : voici quand venir

Les meilleures alternatives à la Golden Week pour avoir le même genre de météo et d’ambiance :

  • Mi-mai à fin mai, la météo est presque identique, et la foule a complètement disparu
  • Début juin, avant la saison des pluies. Très peu de touristes. Les hortensias commencent
  • Mi-octobre à début novembre, équivalent automnal, lumière incroyable, foule modérée (sauf à Kyoto qui se remplit fin novembre)

Les périodes à éviter si vous le pouvez : la Golden Week, l’Obon (mi-août), et le Nouvel An (fin décembre – début janvier). Ce sont les trois “vagues humaines” du calendrier japonais.

Le verdict

Si vous découvrez le Japon pour la première fois, je déconseille la Golden Week. C’est la pire période pour avoir une bonne première impression. La frustration de ne pas pouvoir réserver, l’attente partout, le sentiment d’être un parmi des millions, tout ça gâche un voyage qui devrait être un émerveillement.

Si en revanche vous connaissez déjà le Japon et que vous êtes curieux de voir un autre visage du pays, celui où tout le monde est en vacances en même temps, où les enfants portent des vêtements traditionnels, où les koinobori battent au vent partout, alors la GW peut devenir une expérience à part. Mais préparez-la sérieusement, et acceptez à l’avance que certaines choses seront simplement impossibles.

Pour aller plus loin, voyez aussi mon guide Comment se Déplacer au Japon et celui sur Combien Coûte un Voyage au Japon.