Les Alpes japonaises sont le contrepoids parfait du Japon des mégapoles : des sommets à 3 000 mètres, des villages-étapes d’époque Edo, des fermes à toits de chaume et des singes qui prennent leur bain. Cet itinéraire de douze jours trace une boucle dans le Japon central, de Matsumoto à Nagano, en enchaînant montagne, vieilles routes et villes d’artisans. C’est le voyage que je conseille à ceux qui ont déjà vu Kyoto et qui veulent de l’air.
Tout se fait en transports publics, trains et bus locaux compris, avec une seule vraie contrainte de calendrier : la route alpine Tateyama-Kurobe ferme l’hiver. J’y reviens plus bas.
La logique du parcours
La boucle part de Matsumoto (2h30 de Tokyo en train direct), monte à Kamikōchi, descend la vallée de Kiso par les villages du Nakasendō, bascule côté Hida (Takayama, Shirakawa-gō), respire à Kanazawa, puis retraverse les montagnes par la route alpine pour finir chez les singes de Jigokudani. Chaque étape se fait en bus ou en train ; il faut juste accepter que dans les Alpes, l’horaire des bus est une donnée aussi importante que la météo.

Les numéros suivent les étapes du guide. Toutes les adresses sont sur la carte interactive ci-dessous.

Jours 1-2 : Matsumoto et la vallée d’Azumino

Matsumoto est la vraie porte des Alpes : une ville à taille humaine autour d’un des derniers châteaux originaux du Japon, le « corbeau noir », avec les sommets enneigés en toile de fond. Le deuxième jour, la vallée d’Azumino aligne ses vergers et sa ferme à wasabi de Daiō, où le vrai wasabi pousse dans des lits de gravier baignés d’eau de source. Goûtez la glace au wasabi, c’est moins gadget qu’il n’y paraît.
Jours 3-4 : Kamikōchi, la vallée sanctuaire

Kamikōchi est la plus belle vallée de marche du Japon : une rivière turquoise, des mélèzes, et la barrière des sommets de Hotaka qui ferme l’horizon. Les voitures privées y sont interdites depuis des décennies, ce qui la sauve. La promenade classique le long de l’Azusa se fait en une journée ; les marcheurs aguerris monteront dormir en refuge au cirque de Karasawa, le grand amphithéâtre glaciaire du massif, dont je garde un souvenir mouvementé. La vallée est ouverte de mi-avril à mi-novembre.
Jours 5-6 : le Nakasendō, la vieille route

Le Nakasendō reliait Edo à Kyoto par la montagne, et la vallée de Kiso en conserve les plus beaux villages-étapes. Narai aligne un kilomètre de façades d’époque ; plus au sud, la marche classique de Magome à Tsumago parcourt 8 kilomètres de sentier pavé entre forêts, hameaux et cascades. Dormez dans un ryokan de Tsumago plutôt que de repartir le soir : quand les excursionnistes s’en vont, le village redevient ce qu’il a toujours été, une rue sombre où l’on entend la rivière.
Jours 7-8 : Takayama et Hida-Furukawa

On surnomme Takayama la petite Kyoto des Alpes pour ses ruelles de brasseurs de saké ; c’est mérité, et c’est donc fréquenté en journée. La parade : y dormir, et garder les heures des cars pour la voisine Hida-Furukawa, sa réplique sans les foules, avec son canal aux mille carpes entre les entrepôts blancs. Les amateurs de science feront le détour par Super-Kamiokande, le détecteur à neutrinos enterré sous la montagne voisine.
Jour 9 : Shirakawa-gō, les toits de chaume

Les fermes gasshō-zukuri de Shirakawa-gō sont classées à l’UNESCO et photographiées jusqu’à l’usure, mais l’hiver les remet à leur place : sous deux mètres de neige, le village redevient irréel. Visez un jour de semaine, arrivez avant les cars de 10 heures, et montez au point de vue de Shiroyama pour la carte postale, vous l’avez bien mérité.
Jours 10-11 : Kanazawa, la respiration

Après une semaine de montagnes, Kanazawa offre la ville : le jardin de Kenroku-en, les quartiers de geishas et de samouraïs, le marché d’Ōmichō, la feuille d’or sur tout ce qui se mange. Les amateurs de silence pousseront une demi-journée jusqu’à Eihei-ji, le grand monastère zen dans sa forêt de cèdres, dont je suis revenu plus calme que je n’y suis entré.
Jour 12 : la route alpine et les singes

La route alpine Tateyama-Kurobe retraverse la chaîne par un relais de funiculaires, téléphériques et bus d’altitude, avec le barrage de Kurobe en pièce maîtresse et, au printemps, le fameux corridor de neige aux murs de 15 mètres. Elle est ouverte de mi-avril à fin novembre ; l’hiver, remplacez-la par le shinkansen via Nagano. De l’autre côté, terminez chez les singes des neiges de Jigokudani (infos pratiques sur le site du parc) : des macaques qui se prélassent dans leur bassin fumant pendant que vous grelottez sur la passerelle. L’ordre des choses, dans les Alpes.
Transports et budget
Le pass national JR couvre mal cette boucle : la moitié du parcours se fait en bus privés (Kamikōchi, Shirakawa-gō, la route alpine) qui n’y sont jamais inclus. Vérifiez votre cas dans le calculateur JR Pass avant d’acheter, et budgétez la route alpine à part : la traversée complète coûte autour de 10 000 ¥, c’est le grand huit le plus cher et le plus lent du Japon, et il les vaut. Les repères de budget global sont dans Combien coûte un voyage au Japon.
Quand faire cet itinéraire
La montagne impose son calendrier : Kamikōchi et la route alpine n’ouvrent que de la mi-avril à la mi/fin novembre. Dans cette fenêtre, octobre est roi (le kōyō d’altitude, détaillé dans le calendrier mois par mois), mai-juin offre les sommets encore blancs au-dessus des verts neufs, et le corridor de neige de la route alpine culmine de mi-avril à mi-mai. L’hiver, l’itinéraire change de nature : Kamikōchi ferme, mais Shirakawa-gō sous la neige et les singes dans leur bain deviennent les deux plus belles images du Japon froid.
Pour aller plus loin
Cette boucle se marie très bien avec mon itinéraire classique de 10 jours pour un premier voyage prolongé. Et si ce sont les îles qui vous appellent plutôt que les sommets, ma boucle de 10 jours sur la mer intérieure de Seto est l’exact contraire de celle-ci, et la carte ci-dessous descend encore plus au sud.
