Le Nouvel An au Japon

Le Nouvel An au Japon

Au Japon, le Nouvel An n’est pas une fête d’une nuit. C’est une semaine entière, du 28 décembre au 3 janvier, pendant laquelle le pays rentre au village, ferme ses bureaux et se lève avant l’aube pour aller prier.

Pour un voyageur, c’est à la fois la meilleure et la pire semaine de l’année. La pire, parce que les trains sont pleins, que les petits restaurants baissent le rideau et que les hôtels doublent leurs prix. La meilleure, parce qu’on assiste à ce que le Japon a de plus traditionnel, et que les Japonais y tiennent davantage qu’à n’importe quelle autre fête. J’ai passé plusieurs de ces semaines à courir les sanctuaires avec un appareil photo, de la côte d’Ibaraki à la neige du Tsugaru. Voici comment la vivre, et ce qu’il faut savoir avant de réserver.

La réponse courte

  • Les dates : du 28 décembre au 3 janvier. Un seul jour férié officiel, le 1er janvier, mais tout le pays s’arrête. Cette fois, le 1er janvier 2027 tombe un vendredi, et beaucoup reprendront le travail le lundi 4.
  • Le 31 au soir : des nouilles soba, la télévision, puis les cloches des temples autour de minuit. Les feux d’artifice et les décomptes restent rares, réservés à quelques ports et parcs d’attractions.
  • Le 1er janvier : le premier lever de soleil, puis la première visite au sanctuaire, le hatsumōde. Les plus grands sanctuaires reçoivent chacun environ trois millions de personnes en trois jours.
  • Ce qui ferme : les petits restaurants, les commerces de quartier, les banques, beaucoup de musées. Ce qui reste ouvert : les konbini, les trains, les chaînes de restaurants, et la plupart des grands magasins dès le 2 janvier.
  • Mon conseil : réservez trains et hôtels très tôt, et préférez un sanctuaire de campagne aux géants de Tokyo.

Le 31 décembre, les soba et les 108 coups de cloche

Le soir du 31, l’ōmisoka, on mange des toshikoshi soba. Longues pour une longue vie, faciles à couper pour trancher avec les malheurs de l’année écoulée. Beaucoup de familles les mangent devant le Kōhaku, le concours de chansons de la NHK, aussi rituel que la dinde ailleurs.

Puis, autour de minuit, les temples bouddhistes font sonner leur cloche 108 fois : c’est le joya no kane. Un coup par désir terrestre, selon la tradition, pour entrer dans l’année débarrassé des 108. Le spectacle le plus impressionnant se trouve à Kyoto, au temple Chion-in, où il faut dix-sept moines pour balancer la poutre contre une cloche de soixante-dix tonnes. L’entrée se fait désormais sur billet, vendu uniquement sur place pendant la première quinzaine de décembre (3 000 yens et 400 places en 2025), donc il faut être à Kyoto bien avant le 31. Le temple organise aussi un essai public le 27 décembre et diffuse la cérémonie en direct, tout est expliqué sur la page du Chion-in.

La cloche d'un temple frappée par des moines la nuit du 31 décembre, en papier découpé

Ma recommandation est plus simple : allez au petit temple du quartier. Beaucoup laissent les passants frapper la cloche eux-mêmes, un coup chacun, souvent avec un verre d’amazake chaud offert à la sortie. On fait la queue dans le froid avec les voisins, on tire sur la corde, et on comprend pourquoi les Japonais y tiennent.

À Miyajima, l’année se termine par le feu. Pour le Chinka-sai, le soir du 31 à partir de 18 heures, les habitants se rassemblent sur la plage devant le sanctuaire d’Itsukushima avec près d’un millier de torches, dont certaines de 3,5 mètres que vingt ou trente personnes portent ensemble (le programme est sur le site de l’office de tourisme). Les petites torches éteintes repartent ensuite dans les maisons, pour protéger du feu toute l’année. J’ai pris la photo ci-dessous le 29 décembre, deux jours trop tôt pour les torches, mais le grand torii illuminé vaut à lui seul le détour.

Le grand torii de Miyajima illuminé la nuit, fin décembre

Le premier lever de soleil, le hatsuhinode

Le matin du 1er janvier, une bonne partie du pays se lève dans le noir pour voir le hatsuhinode, le premier soleil de l’année. Sommets, caps, plages tournées vers l’est : chaque région a ses spots, et ils sont pris d’assaut.

Le plus beau que je connaisse est le torii d’Ōarai, dans la préfecture d’Ibaraki, planté sur un rocher battu par les vagues du Pacifique. Le soleil se lève dans son axe, et chaque 1er janvier les prêtres du sanctuaire descendent sur les rochers pour le saluer. La photo date du 1er janvier 2018 à 7 h 08 : c’est le premier soleil de cette année-là, avec les embruns qui montent jusqu’au torii.

Le premier soleil de l'année se lève dans le torii d'Ōarai

Pour y assister, arrivez une heure avant le lever du soleil, qui a lieu vers 6 h 50 à Tokyo début janvier. Habillez-vous comme pour une nuit en montagne : on attend immobile, face au vent, et le plus froid arrive juste avant l’aube.

Le hatsumōde, la première prière de l’année

Le hatsumōde est la grande affaire du Nouvel An : la première visite de l’année à un sanctuaire shinto ou à un temple, en principe pendant les trois premiers jours. On y fait un vœu, on tire un omikuji, on rend le porte-bonheur de l’an passé, qui sera brûlé, et on en achète un neuf, une flèche hamaya ou un daruma.

Les chiffres donnent le vertige. En 2025, le Meiji Jingū a reçu environ 3,2 millions de visiteurs sur ces trois jours, suivi de près par le Naritasan Shinshō-ji, le Kawasaki Daishi, le Sensō-ji d’Asakusa et le Fushimi Inari de Kyoto. Concrètement, cela veut dire des heures de file, encadrées par des policiers au mégaphone, pour quelques secondes devant l’autel.

Je ne le conseille pas, sauf si c’est la foule que vous venez voir. Le même rituel, dans un sanctuaire de taille moyenne, est autrement plus beau. Ce 1er janvier 2018, après le soleil d’Ōarai, j’ai roulé jusqu’au Kashima Jingū, à moins d’une heure, l’un des plus anciens sanctuaires de la région, au milieu d’une forêt de grands arbres. Du monde, bien sûr, mais rien de comparable avec Tokyo, et la lumière du matin qui tombe à travers les branches.

Le portail du Kashima Jingū dans la lumière du 1er janvier

Les allées se couvrent d’étals : amazake, yakisoba, calmar grillé. Le premier jour, on croise des kimonos, sans que personne n’attende ça d’un visiteur. Et si les files vous font peur, rien ne presse : beaucoup de Japonais font leur hatsumōde dans la première semaine de janvier, tant que les décorations sont encore en place.

Osechi et ozōni, la cuisine du Nouvel An

En théorie, on ne cuisine pas pendant les trois premiers jours. D’où l’osechi ryōri, préparé à l’avance et rangé dans des boîtes laquées à étages, les jūbako. Chaque plat est un vœu : les haricots noirs pour la santé, les œufs de hareng pour une descendance nombreuse, l’omelette roulée qui rappelle un rouleau d’écriture pour le savoir, les crevettes au dos courbé pour vivre jusqu’au grand âge.

Une boîte d'osechi à trois étages et un bol d'ozōni, en papier découpé

La plupart des familles l’achètent aujourd’hui. Les grands magasins et les konbini prennent les commandes dès l’automne, et une boîte pour quatre dépasse facilement 20 000 yens. Le matin du 1er, on mange aussi l’ozōni, une soupe aux mochi qui change d’une région à l’autre : bouillon clair et mochi carré grillé à Tokyo, miso blanc et mochi rond à Kyoto. Un avertissement que les Japonais prennent au sérieux : le mochi colle, et chaque année les journaux rapportent des personnes âgées qui s’étouffent. Petites bouchées.

Pour goûter sans famille japonaise, deux solutions : un ryokan qui sert l’osechi le matin du 1er janvier (demandez-le à la réservation), ou les rayons traiteur des grands magasins, les depachika, qui en vendent à la portion les derniers jours de décembre.

Les décorations, du kadomatsu au kagami mochi

À partir du 26 ou 27 décembre, les portes se parent d’un kadomatsu en bambou et en pin, et d’une tresse de paille, le shimekazari. Dans les maisons, on pose le kagami mochi, deux galettes de riz empilées et coiffées d’une petite orange amère. Une superstition tenace : on ne les installe jamais le 29, dont le chiffre se prononce comme « double peine », ni le 31, trop tard pour accueillir dignement la divinité de l’année.

Tout disparaît à la fin du matsu no uchi, la période des pins : le 7 janvier dans la région de Tokyo, souvent le 15 dans le Kansai. Le kagami mochi est cassé et mangé le 11 janvier, et les décorations finissent dans un grand feu au sanctuaire, autour du 15.

Le 2 janvier, l’Empereur et les sacs surprises

Le 2 janvier, l’Empereur salue le public depuis un balcon du palais impérial, lors du ippan sanga. L’entrée est libre, sans réservation, par la porte principale, avec un contrôle des sacs. En 2026, les portes étaient ouvertes de 9 h 30 à 14 h 10 et la famille impériale est apparue cinq fois dans la journée. Les horaires de l’année sont publiés sur le site de l’Agence impériale.

Le même jour, la plupart des grands magasins rouvrent et lancent les fukubukuro : un sac fermé, vendu à prix fixe, qui contient en principe bien plus que son prix. Devant certaines enseignes, la file commence avant l’aube. C’est aussi le début des soldes d’hiver, si vous avez gardé de la place dans la valise.

Passer le Nouvel An loin de Tokyo

Tokyo se vide pendant cette semaine, et marcher dans des rues presque désertes un 2 janvier a quelque chose d’étrange, presque irréel. Mais le Nouvel An se vit encore mieux à la campagne, sous la neige. Le 1er janvier 2025, j’étais dans le Tsugaru, au nord d’Aomori, devant les torii rouges du sanctuaire Takayama Inari, alignés dans la neige face à la mer du Japon. Il fait partie de mes sanctuaires Inari préférés.

Les torii rouges du sanctuaire Takayama Inari sous la neige

Le même jour, je suis monté dans le train à poêle du Tsugaru Railway, qui circule de décembre à mars : de vieux wagons chauffés par des poêles à charbon, sur lesquels on fait griller du calmar séché acheté à bord, directement sur le poêle, au milieu du wagon.

Le poêle à charbon d'un wagon du Tsugaru Railway, un calmar séché sur la grille

Plus au sud, Magome, sur l’ancienne route du Nakasendō, est magnifique sous la neige des premiers jours de janvier : j’y étais le 3 janvier 2021, et la rue pavée était presque vide.

La rue pavée de Magome sous la neige, début janvier

Une précaution à la campagne : vérifiez tout. Les bus passent en horaire réduit, des restaurants et même des onsen ferment le 1er, et le seul repas chaud du soir sera peut-être celui de votre ryokan. Réservez-le avec dîner.

Ce qui ferme, et comment voyager cette semaine-là

Les trains. Les shinkansen sont pleins dans le sens des départs autour du 28 au 30 décembre, et dans le sens du retour du 2 au 4 janvier. Réservez dès l’ouverture des ventes, un mois avant le jour du voyage. La nuit du 31, certaines lignes de la JR à Tokyo roulent toute la nuit (pour 2025-2026, la Yamanote et cinq autres), mais pas le métro de Tokyo. La liste change chaque année et paraît quelques semaines avant.

Les hôtels. Les prix montent partout, surtout à Kyoto et dans les villes thermales. Réservez plusieurs mois à l’avance, et lisez bien les conditions d’annulation, souvent plus strictes cette semaine-là.

Les musées et les commerces. Beaucoup de musées ferment du 28 ou 29 décembre au 3 ou 4 janvier, certains rouvrent dès le 2 avec des animations de Nouvel An : vérifiez au cas par cas. Les banques et les administrations ferment du 31 au 3. Les distributeurs des konbini, eux, acceptent les cartes étrangères toute la semaine.

Pour le reste du calendrier, mon guide des jours fériés au Japon détaille les deux autres périodes à éviter, et quand partir au Japon compare les mois entre eux.

Si l’hiver japonais vous tente au-delà de cette semaine, mon guide du Japon en hiver raconte le reste : les villages sous la neige du Tōhoku, les festivals de glace et les onsen de Hokkaidō.

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