Que faire à Nikkō

Que faire à Nikkō

Nikkō, c’est deux mondes à deux heures de Tokyo. En bas, la ville des sanctuaires, avec le Tōshō-gū doré du shōgun Ieyasu, classé au patrimoine mondial. En haut, passé les 48 virages de l’Iroha-zaka, le plateau d’Okunikkō : le lac Chūzenji, la cascade de Kegon, les marais et les forêts, à plus de 1 200 mètres d’altitude.

Hakone ou Nikkō ? En 2013, j’écrivais déjà que si vous aimez la nature, il n’y a pas photo, c’est Nikkō. J’y suis monté pour les couleurs d’octobre 2012, pour les primevères de juin 2021, et je suis allé fouiller ses environs, de Yunishigawa sous la neige aux ruines de Kinugawa. Ce guide suit ces visites, de la ville jusqu’au plateau.

S’organiser : Asakusa, le pass et la route des 48 virages

Le plus simple part d’Asakusa. Le train Tōbu Spacia X rejoint la gare de Tōbu-Nikkō en 1 h 50 environ, avec un supplément express à partir de 1 940 yens en place standard. Avec un JR Pass, on prend plutôt le shinkansen jusqu’à Utsunomiya, puis la petite ligne JR Nikkō.

Sur place, tout se fait en bus. Tōbu vend deux pass au départ d’Asakusa : le NIKKO PASS ↗ world heritage area (3 000 yens) couvre l’aller-retour et les bus de la ville, et le all area (8 000 yens, 4 jours) ajoute les bus du plateau jusqu’à Yumoto et le bateau du lac Chūzenji, de la mi-avril à fin novembre. Dans les deux cas, le supplément des trains express reste à payer.

Le bus qui monte au lac emprunte l’Iroha-zaka, deux routes à sens unique, l’une pour monter et l’autre pour descendre, avec 48 virages en épingle au total, un par syllabe de l’ancien alphabet japonais. En pleine saison des feuilles, le week-end, la montée peut prendre plusieurs heures. Venez en semaine, ou partez avec le premier bus du matin.

Ikuzo

Nikkō, de la ville au plateau

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En bas, la ville des sanctuaires

Les sanctuaires et temples de Nikkō sont inscrits ensemble au patrimoine mondial depuis 1999. Ils tiennent dans une forêt de cèdres immenses, à vingt minutes à pied de la gare, et se visitent en une demi-journée.

Le Tōshō-gū, le mausolée doré du shōgun

Le Tōshō-gū honore Tokugawa Ieyasu, le fondateur de la dynastie des shōgun qui a régné deux siècles et demi. Son petit-fils l’a fait reconstruire en 1636 dans une profusion d’or, de laques et de sculptures qui tranche avec la sobriété habituelle des sanctuaires japonais. On y cherche les trois singes de la sagesse, la porte Yōmei-mon, et le chat qui dort, le Nemuri-neko, sculpté au-dessus d’un passage.

L’entrée coûte 1 600 yens, chat et tombe d’Ieyasu compris. C’est ouvert de 9 h à 17 h d’avril à octobre, jusqu’à 16 h de novembre à mars (horaires et tarifs officiels ↗). Un voyageur passé par Nikkō conseille sur Reddit ↗ d’acheter son billet à la gare pour éviter la file au sanctuaire.

Le Rinnō-ji et son jardin, le pont Shinkyō

La mousse et les buissons du jardin Shōyō-en, au temple Rinnō-ji

Juste à côté, le temple Rinnō-ji cache un petit jardin de promenade de l’époque d’Edo, le Shōyō-en, tout en mousses et en buissons taillés. Le 20 octobre 2012, il était encore vert, alors que le lendemain, sur le plateau, les érables de Ryūzu flambaient : à Nikkō, plusieurs centaines de mètres d’altitude séparent les deux saisons.

À l’entrée de la ville, le pont Shinkyō, laqué de vermillon, enjambe la rivière Daiya. C’est la carte postale de Nikkō. En remontant la rivière vers l’ouest, le chemin de Kanmangafuchi longe une gorge de lave et une longue rangée de statues de jizō coiffées de rouge, qu’on dit impossibles à compter deux fois de suite de la même façon. Peu de monde, beaucoup de mousse.

En haut, le lac Chūzenji et la cascade de Kegon

La cascade de Kegon et le lac Chūzenji vus d’en haut, en octobre

Il y a 20 000 ans, une éruption du mont Nantai a barré une rivière et créé le lac Chūzenji, à 1 269 mètres d’altitude. Son trop-plein tombe d’un seul jet de 97 mètres : c’est la cascade de Kegon, l’une des plus célèbres du Japon. Un ascenseur creusé dans la roche descend jusqu’à une plateforme face à la chute (600 yens aller-retour). Je l’ai photographiée les 19 et 20 octobre 2012, en plein kōyō, avec le lac et le village de Chūzenji en arrière-plan.

Les pentes de Hangetsuyama couvertes d’érables, en automne

Pour la vue d’ensemble, montez à Hangetsuyama, au sud du lac. Le 21 octobre 2012, c’est par là que j’ai commencé la journée, tout en haut, avant de redescendre en suivant les rivières et les cascades : les pentes entières étaient rouges, jaunes et vertes, comme une couverture en patchwork (Les jolies cascades de Nikkō).

Un avertissement, pour dormir au bord du lac. Un voyageur qui y a passé plusieurs nuits raconte sur Reddit ↗ son étonnement devant une petite ville thermale à moitié vide, pleine d’hôtels et de restaurants abandonnés, où un seul restaurant restait ouvert le soir, et sur réservation. Prenez une demi-pension, ou dînez en ville avant de monter.

Senjōgahara, Ryūzu et Senjugahama, le plateau à pied

Le marais de Senjōgahara et le mont Nantai en automne, en papier découpé

Au-delà du lac, le plateau s’ouvre sur un marais d’altitude, Senjōgahara, le « champ de bataille » où une légende fait s’affronter deux dieux des montagnes. Un sentier de planches le traverse au milieu des roseaux et des bouleaux blancs, sous le mont Nantai. Le tour prend deux à trois heures, et c’est la plus belle balade facile de Nikkō.

Le chemin de planches à travers les roseaux dorés de Senjōgahara

Les 20 et 21 octobre 2012, les roseaux étaient couleur de feu. Une famille japonaise nous a offert un café chaud à l’observatoire, et le sentier que je voulais prendre était fermé, gardé par des rangers : la veille, un ours avait attaqué un touriste. Les ours sont bien là, une clochette au sac n’est pas un gadget (Senjōgahara, le marais de feu).

La cascade de Ryūzu entre les érables rouges, en octobre

Entre le marais et le lac, la cascade de Ryūzu, la « tête de dragon », se partage en deux bras autour d’un rocher. En octobre, elle tombe au milieu des érables les plus rouges du plateau. Je l’ai vue le 21 octobre 2012 puis le 8 juin 2021 : en juin, c’est une autre cascade, toute en vert.

Les primevères dans la forêt de Senjugahama, au bord du lac Chūzenji

Au bout du lac, Senjugahama est une plage de deux kilomètres qu’on ne rejoint qu’à pied, en bateau ou en bus écologique. Début juin, les primevères roses fleurissent dans la forêt de chênes et d’ormes, au bord de l’eau. J’y étais les 8 et 9 juin 2021 (Senjugahama, les primevères de Nikkō).

Tout au bout de la route du plateau, Yumoto Onsen et son lac attendent les randonneurs avec une eau soufrée et laiteuse. C’est la bonne étape pour finir la journée dans un bain.

Kinugawa et Yunishigawa, l’autre Nikkō

À l’est de Nikkō, la vallée de la Kinugawa a été la grande station thermale des Tokyoïtes des années 1980. Une partie de ses hôtels géants sont fermés depuis, et la vallée garde une atmosphère étrange de ville d’eaux qui a vu plus grand. J’en ai documenté les ruines, dont le Western Village, un parc à thème de cow-boys fermé depuis le milieu des années 2000. Ce sont des propriétés privées : on les regarde depuis la route, on n’y entre pas.

Sur la même ligne de train, Tobu World Square aligne plus de cent monuments du monde entier à l’échelle 1/25, du château de Himeji à la tour Eiffel. C’est kitsch, et d’une minutie folle : près de 140 000 figurines animent les scènes. J’y étais le 17 octobre 2020 (Tobu World Square).

L’escalier de pierre éclairé de l’auberge Honke Bankyu, à Yunishigawa

Plus haut dans les montagnes, Yunishigawa est un village thermal où se seraient réfugiés, il y a plus de 800 ans, les derniers survivants du clan Heike. J’y étais les 21 et 22 janvier 2018, sous la neige, à l’auberge Honke Bankyu et ses longs escaliers de pierre éclairés de lanternes. De fin janvier à fin février, le village allume des centaines de petites kamakura le long de la rivière (le festival sur le site officiel ↗).

Mon Nikkō, dates à l’appui

Nikkō ne ressemble pas du tout à lui-même d’une saison à l’autre. Voici mes visites, dans l’ordre.

  • Du 19 au 21 octobre 2012, l’automne sur le plateau : la cascade de Kegon, le jardin Shōyō-en encore vert en ville, le marais de Senjōgahara, la cascade de Ryūzu et la vue de Hangetsuyama.
  • Les 21 et 22 janvier 2018, l’hiver : Yunishigawa sous la neige et l’auberge Honke Bankyu, avec un détour par le Western Village.
  • Le 1er décembre 2018, retour aux ruines de Kinugawa, quand la vallée se vide après la saison des feuilles.
  • Le 17 octobre 2020, le monde en miniature de Tobu World Square.
  • Les 8 et 9 juin 2021, le début de l’été : les primevères de Senjugahama, la cascade de Ryūzu en vert, et le sanctuaire Shinmei-gū en ville.

Quand partir à Nikkō

  • De début à mi-octobre, le plateau. Les feuilles rougissent d’abord en haut, autour du lac et de Senjōgahara. Pour suivre la vague jour après jour, voir ma carte des feuilles d’automne.
  • Fin octobre et début novembre, la ville. Les couleurs descendent vers les sanctuaires deux à trois semaines plus tard.
  • Début juin, les primevères. Senjugahama est à son plus beau, et le plateau, à plus de 1 200 mètres, reste frais quand l’été arrive à Tokyo.
  • De fin janvier à fin février, la neige. Le plateau est calme et froid, et c’est la saison des kamakura de Yunishigawa.

Mes conseils pour en profiter vraiment

Dormez sur place. En une journée depuis Tokyo, on voit les sanctuaires et on aperçoit la cascade de Kegon. Pour le plateau, Senjōgahara et le lac, il faut une nuit, idéalement dans un ryokan avec bain, en ville ou à Yumoto.

Montez tôt. L’Iroha-zaka est la seule route du plateau. En octobre, le premier bus du matin évite le gros des embouteillages, et la descente de fin d’après-midi peut être très longue.

Les sanctuaires le premier jour, le plateau le lendemain. Le Tōshō-gū ferme à 16 h ou 17 h selon la saison : arrivez de Tokyo le matin, visitez la ville l’après-midi, et gardez la journée suivante, entière, pour le plateau.

Nikkō est la plus belle des excursions d’une journée depuis Tokyo, et se compare souvent à sa rivale, Hakone : voir mon guide que faire à Hakone. Pour préparer la visite, le site officiel Nikkō Tabi Navi ↗ et la page Nikkō de Wikipédia ↗ sont de bonnes portes d’entrée.

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