Quoi faire à Hiroshima

Quoi faire à Hiroshima

Mis à jour en septembre 2026

On aborde toujours Hiroshima avec une appréhension particulière. On sait pourquoi on y va. On sait ce qu’on va voir, ce qu’on va ressentir. Mais Hiroshima n’est pas un mémorial figé : c’est une ville debout, qui mange, qui boit, qui hurle dans les tribunes du stade des Carp, et qui, derrière le Genbaku Dome, ouvre une porte directe sur tout Setouchi. C’est peut-être la ville japonaise la plus mal racontée : on en fait soit un pèlerinage solennel, soit une étape express entre Kyoto et Fukuoka. Elle mérite trois jours, et un regard plus large.

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Que faire à Hiroshima · mémorial, quartiers, îles

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Hiroshima vaut bien plus que la bombe

Hiroshima reconstruite, ses larges boulevards plantés, en papier découpé

Hiroshima a été entièrement reconstruite après 1945. Pas restaurée, pas patinée, refaite. Les avenues sont larges, les boulevards plantés, les rivières dégagées. C’est l’une des rares grandes villes japonaises où l’urbanisme respire. On comprend vite que le projet d’après-guerre n’était pas seulement de relever les murs, mais de poser une ville qui pourrait, un jour, ne plus parler que d’elle-même.

C’est aussi une ville industrielle (Mazda y a son siège, on y a inventé le moteur rotatif), une ville de mer (les huîtres de Setouchi y représentent 60 % de la production japonaise), une ville de baseball obsessionnelle (les Carp sont une religion locale), et une ville de dialecte (le hiroshima-ben remplace dakara par jakē, ce qui surprend toujours).

Le Memorial Park, à traverser lentement

Le Dôme de Genbaku et les guirlandes de grues en origami, en papier découpé

Comptez trois heures minimum. Pas une. Pas deux. Trois. Le parc est calme, traversé par les rivières Motoyasu et Honkawa, vaste comme un campus. Le Genbaku Dome, l’ancien Hiroshima Prefectural Industrial Promotion Hall, est laissé exactement dans l’état où la bombe l’a laissé. Il a survécu parce qu’il se trouvait à environ 160 mètres de l’hypocentre : l’explosion l’a écrasé presque verticalement, plutôt que latéralement comme tout le reste.

Le musée (200 yens) est dense, parfois éprouvant. Il a été refait en 2019 : moins d’objets, plus de récits individuels. C’est plus court qu’avant, mais plus pénétrant. Le monument aux enfants, couvert de chaînes de grues en papier, est dédié à Sadako Sasaki, une petite fille de deux ans au moment de la bombe, morte de leucémie à douze. Si vous avez du temps pour une seule chose à Hiroshima, c’est ça.

Un conseil pratique : si l’expérience vous intéresse en profondeur, plutôt qu’un audioguide automatique, trouvez un guide local, idéalement un descendant de hibakusha. Le récit est incomparable.

Les tramways, la mémoire qui roule

Hiroshima possède le plus grand réseau de tramways du Japon, et il n’a rien d’un manège nostalgique : c’est le vrai squelette des transports de la ville, 180 yens le trajet, plus pratique que n’importe quel métro pour rejoindre le Memorial Park ou Yokogawa. Le détail qui donne le frisson : la compagnie Hiroden fait encore circuler en service régulier deux voitures qui ont survécu au 6 août 1945, les hibaku densha 651 et 652. Croiser l’une d’elles au détour d’un carrefour, repeinte et pleine de lycéens, dit plus sur cette ville que bien des monuments.

Un tramway Hiroden vert et crème, en papier découpé

Mitaki-dera, le temple que tout le monde rate

Si vous ne me volez qu’une seule adresse dans cette page, prenez celle-ci. À vingt minutes du centre (ligne Kabe jusqu’à Mitaki, puis quinze minutes à pied), Mitaki-dera grimpe le flanc de sa montagne entre trois cascades, des érables, des jizō moussus par centaines et une pagode vermillon qui semble poussée là par la forêt. Fondé en 809, le temple est devenu après la guerre un lieu de mémoire discret : sa pagode a été démontée et rapportée de Wakayama en 1951 pour consoler les âmes des victimes de la bombe. En novembre, les érables en font probablement le plus beau spot de momiji de la ville ; le reste de l’année, vous y serez à peu près seul avec les libellules.

La pagode vermillon de Mitaki-dera parmi les érables et les jizō, en papier découpé

Le château et Shukkei-en, le Hiroshima d’avant

Shukkei-en : le pont arc-en-ciel et les tortues, en papier découpé

On oublie souvent qu’Hiroshima fut une grande ville castrale. Le château de la Carpe, fondé en 1589 par Mōri Terumoto, règne sur ses douves au nord du centre ; le donjon actuel est une reconstruction de 1958, et l’intérieur, un musée d’histoire des samouraïs plus intéressant qu’attendu. Le vrai charme est dans l’enceinte : les fondations d’origine, le sanctuaire Gokoku, et les eucalyptus et saules qui ont survécu à la bombe, dûment étiquetés.

À dix minutes à pied, Shukkei-en (« le jardin aux paysages condensés ») miniaturise depuis 1620 lacs, ponts et collines autour d’un étang à carpes. Rasé en 1945, replanté patiemment, il est aujourd’hui le déjeuner préféré des employés de bureau du quartier. Prenez un thé dans la maison qui borde l’étang et regardez les tortues négocier leur place sur les rochers : c’est le Hiroshima paisible, à 800 mètres de l’hypocentre.

Itsukushima, le torii flottant (et la vraie Miyajima)

Le torii flottant de Miyajima et les daims, en papier découpé

Le grand torii rouge planté dans l’eau d’Itsukushima est sans doute la carte postale la plus reproduite du Japon. Et pourtant, en y arrivant en pleine journée, on hésite : la marée basse l’a transformé en monument terrestre cerné de touristes, et la marée haute en photographie attendue. Le secret, c’est de dormir sur l’île. Vers 17 h, les ferries cessent de déverser leurs cargaisons, les vendeurs ferment, et l’île redevient ce qu’elle a toujours été, un sanctuaire shintō posé sur la mer, avec des cerfs sika qui circulent comme s’ils en étaient les vrais résidents.

Le torii actuel a été achevé en 2022, après six ans de restauration. C’est la huitième version depuis le XIIe siècle. Le bois, du camphrier (kusunoki), est choisi pour résister à l’eau salée, mais doit être remplacé à peu près une fois par siècle. Pendant la rénovation, la vue iconique n’existait tout simplement plus : un échafaudage massif l’enveloppait. Quelques voyageurs ont, sans le savoir, fait le voyage pour voir un torii sous bâche.

Au-delà du torii, montez au mont Misen (535 m, téléphérique ou randonnée de 90 minutes). En haut, on est seul, ou presque. La vue sur les îles de Setouchi qui s’égrènent à l’horizon vaut largement la photo en bas.

L’okonomiyaki version Hiroshima : empilée, pas mélangée

L'okonomiyaki de Hiroshima en couches, sur le teppan, en papier découpé

Hiroshima a sa propre version de l’okonomiyaki, et il faut absolument ne pas la confondre avec celle d’Osaka. À Osaka, on mélange tous les ingrédients dans la pâte puis on cuit. À Hiroshima, on empile, une crêpe fine, puis une montagne de chou émincé, puis le porc, puis (et c’est la signature) une couche de yakisoba, puis un œuf, puis le tout retourné sur la plaque chaude. Le résultat fait trois centimètres d’épaisseur, et il faut le manger directement au teppan avec une petite spatule en métal.

L’adresse touristique évidente est Okonomimura, un immeuble entier de quatre étages où s’empilent une trentaine de stands. C’est ludique et bondé. Pour la version plus locale, j’aime Mitchan Sōhonten (le restaurant historique, depuis 1950, près de la station Hatchobori) ou Nagata-ya, juste à côté du Memorial Park, qui sert exactement comme il faut sans avoir besoin de jouer la nostalgie.

Yokogawa et Hondori, la ville qui vit

Yokogawa au soir : arcade rétro, cinéma et bar debout, en papier découpé

Le soir, tout le monde converge vers Hondori, la grande galerie couverte, et ses rues adjacentes de Nagarekawa, le quartier des izakaya et des bars, dense et bon enfant. C’est très bien, et ce n’est pas là que je vous emmène. Traversez plutôt la rivière vers Yokogawa : un quartier resté dans son jus, cafés indépendants installés dans d’anciennes échoppes, disquaires, le cinéma Yokogawa qui projette depuis plus d’un siècle, et des comptoirs où le patron vous ressert sans demander. C’est le Hiroshima des habitants, celui qui ne figure dans aucun circuit, et il est à une station de tram du centre.

Ogonzan, la vue que personne ne fait

La vue depuis la colline sur le delta d'Hiroshima, en papier découpé

Hiroshima est bâtie sur un delta à six rivières, et le meilleur endroit pour le comprendre est le mont Ogonzan, la colline boisée au sud-est du centre. Au sommet (en taxi, en voiture ou en 40 minutes de montée), la ville s’étale en éventail lumineux entre ses bras d’eau et la baie. Les soirs de match, on voit même le Mazda Stadium rougir. C’est le panorama que les couples locaux gardent pour eux ; je n’ai jamais compris pourquoi les guides n’en parlent pas, et je ne vais pas m’en plaindre.

Le musée Mazda, pèlerinage rotatif

Le moteur rotatif du musée Mazda, en papier découpé

Puisque cette ville a inventé la seule application commerciale durable du moteur rotatif, autant aller le voir tourner : le musée Mazda, dans l’immense siège du constructeur à l’est de la ville, se visite uniquement sur réservation (gratuit, visites en anglais). On y traverse l’histoire de la marque, la Cosmo Sport, les 24 Heures du Mans 1991, et surtout un segment de la vraie chaîne d’assemblage en activité. Même sans être motorisé du cerveau, voir naître des voitures est étrangement hypnotique.

Setouchi à portée de ferry

Les ferries de Hiroshima vers les îles de Setouchi, en papier découpé

Ce que la plupart des guides oublient, c’est qu’Hiroshima est le meilleur point d’accès au Setouchi authentique. La préfecture étire un chapelet d’îles, de petits ports, de villages côtiers, et de ferries qui partent toute la journée. Trois jours sur place, c’est aussi trois excursions possibles :

👉 Onomichi, la petite Kyoto de Setouchi, une heure de train depuis Hiroshima. Un dédale de ruelles à flanc de colline, vingt-cinq temples, des chats partout, et le point de départ du Shimanami Kaidō, le pont-itinéraire cyclable qui relie Honshu à Shikoku en sautant d’île en île sur 70 kilomètres. À faire en vélo si on a le temps, en voiture sinon.

👉 Takehara, qui titube entre le whisky et le saké, une ville-musée de marchands d’époque Edo, où l’on a aussi tourné une partie des paysages qui ont inspiré l’animé Tamayura. Le distillateur historique Nikka y a installé un de ses sites en hommage à Masataka Taketsuru, le père du whisky japonais, qui est né ici.

👉 Ōkunoshima, l’île aux lapins (et l’autre histoire qu’on raconte moins), l’île la plus instagrammable du Japon, couverte de lapins en liberté. Ce qu’on dit moins, c’est qu’elle a abrité une usine secrète de gaz toxique jusqu’en 1945, effacée des cartes officielles à l’époque. Les lapins seraient les descendants des animaux de laboratoire libérés à la fin de la guerre. La légende n’est pas certaine, mais l’usine, elle, l’était.

👉 Tomonoura et Abuto Kannon, la côte de Ponyo, à 1 h 30 vers l’est : le petit port d’époque Edo qui a inspiré Miyazaki, puis, à vingt minutes de route, le pavillon vermillon d’Abuto Kannon accroché à sa falaise au-dessus de la mer intérieure. La combinaison des deux fait une des plus belles demi-journées de la région.

Et si ces excursions vous donnent envie de pousser plus loin, mon itinéraire de 10 jours sur la mer intérieure part exactement d’ici.

(Je garde mes ferries préférés et mes adresses de quartier sur Ikuzo, utile quand on veut enchaîner ces excursions sans refaire le plan chaque matin.)

Pour les étrangers, pour les Japonais

Un match des Carp au stade Mazda, en papier découpé

Les voyageurs étrangers viennent à Hiroshima pour le mémorial, Itsukushima et un okonomiyaki, dans cet ordre. C’est efficace en deux jours, mais ça ressemble à un parcours imposé. Les Japonais y viennent pour autre chose : un match des Carp au Mazda Stadium (l’ambiance est plus chaude qu’à Tokyo Dome), les huîtres en hiver (de novembre à février, et c’est la raison gastronomique), une virée sur Iwakuni voir le pont Kintaikyō et ses cinq arches en bois, ou tout simplement un week-end à Miyajima pour se changer les idées sans prendre l’avion. Si vous voulez vraiment voir Hiroshima, prenez plutôt leur programme.

Faits méconnus et surprenants

  • Le moteur rotatif Wankel a été développé et perfectionné chez Mazda à Hiroshima dans les années 1960. La marque est aujourd’hui la seule au monde à l’avoir maintenu commercialement viable.
  • Le réalisateur Hayao Miyazaki s’est inspiré de Tomonoura (à 1 h 30 d’Hiroshima en train + bus) pour le décor de Ponyo sur la falaise. Il y a séjourné en 2005, dans une maison à flanc de port qui se visite encore.
  • Le hassaku, l’agrume rond et acidulé qu’on trouve partout au Japon, est originaire d’Innoshima, une des îles du Setouchi en face d’Onomichi. Il a été identifié dans le jardin d’un temple en 1860.
  • La première conférence mondiale sur les effets médicaux des radiations s’est tenue à Hiroshima en 1956, organisée par l’OMS.
  • Le 6 août chaque année, des milliers de lanternes flottantes sont mises à l’eau sur la rivière Motoyasu au crépuscule. Ce n’est pas un spectacle touristique : c’est un rituel d’intercession bouddhiste pour les morts. Y assister sans photographier est probablement plus juste.
  • Le club des Carp est le seul de la Nippon Professional Baseball à avoir longtemps appartenu à ses supporters plutôt qu’à un conglomérat industriel. La couleur officielle est rouge, « comme la détermination de la ville à se relever ».

Quand y aller, comment s’y rendre

Depuis Tokyo : Shinkansen Nozomi, environ 4 heures, 19 000 yens. Depuis Kyoto ou Osaka : 1 h 30 – 2 h. L’aéroport d’Hiroshima est mal placé (50 km à l’est), le shinkansen reste le plus simple.

Quand : avril pour les sakura dans le Memorial Park (étrangement beau et chargé), novembre pour les momiji à Miyajima, et l’hiver (décembre à février) pour les huîtres. Le 6 août, date de la bombe, la ville est bondée d’officiels, de journalistes, de pèlerins ; à éviter si vous n’y allez pas spécifiquement pour ça, à privilégier si c’est tout l’intérêt.

Combien de temps : trois jours minimum. Un pour le Memorial Park sans se presser, un pour Miyajima en y dormant, un pour une excursion vers Onomichi, Takehara ou Ōkunoshima. Avec deux jours, on choisit. Avec un seul, on n’a rien vu, on a juste coché Hiroshima.

Où loger : autour de la gare pour rayonner, près de Hondori pour la ville le soir, ou une nuit à Miyajima pour avoir l’île sans les foules. Mes recommandations sont dans Où dormir à Hiroshima.

Ce que Hiroshima dit, sans le dire

Le dôme de Hiroshima au crépuscule, vu de la rive, en papier découpé

Il y a peu de villes au monde dont on connaît le nom avant de connaître le pays. Hiroshima est l’une d’elles, et c’est une charge bizarre à porter pour ses 1,2 million d’habitants. Ce qui frappe, en y restant un peu, c’est que la ville ne fait ni le déni, ni le théâtre. Le Memorial est là, à traverser, mais en sortant on prend un okonomiyaki, on va au stade, on prend un ferry. La vie continue, sans excuses, et c’est peut-être ça la vraie déclaration : regardez, on est là, on mange, on rigole, on construit, on se souvient. Le reste s’écrit autour.

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