Petit aveu : mes premières fois au Japon, j’ai fait à peu près toutes les erreurs de cette liste. Pas dans l’ordre, mais à peu près toutes. C’est aussi pour ça que je peux les écrire avec un peu d’humilité.
Préparer un premier voyage au Japon est un mélange étrange d’excitation et de panique douce. Le pays est si différent qu’il intimide, et les sources d’information abondent au point qu’on ne sait plus laquelle écouter. Voici les erreurs que je vois revenir le plus souvent dans les emails que je reçois, et que j’ai moi-même faites en arrivant ici il y a plus d’une décennie.
Vouloir tout voir
L’erreur numéro un, sans hésiter. On arrive avec une liste comprenant Tokyo, Kyoto, Osaka, Hiroshima, le Mont Fuji, Hakone, Nara, et parfois Hokkaido ou Okinawa pour faire bonne mesure. En quinze jours. C’est physiquement possible, mais c’est un voyage stressant, fatiguant, et qui ne laisse aucune place à l’imprévu, qui est pourtant ce qui rend un voyage au Japon mémorable.
Mon conseil : pour un premier voyage de deux semaines, restez sur deux ou trois bases maximum. Tokyo (5-6 nuits), Kyoto (4-5 nuits), et une troisième destination (Hakone, Kanazawa, ou un onsen). C’est largement suffisant pour repartir avec l’envie d’y revenir, et c’est le but.
Acheter le JR Pass sans réfléchir
Depuis sa grosse augmentation de prix, le Japan Rail Pass n’est plus systématiquement rentable. Il l’était quand il coûtait moins de 30 000 yens pour 7 jours; il est aujourd’hui à 50 000 yens pour la même durée, et le calcul devient serré.
Ma règle simple : si votre itinéraire ne comprend qu’un aller-retour Tokyo-Kyoto, achetez des billets individuels (environ 28 000 yens aller-retour). Ajoutez Hiroshima ou Kanazawa : le pass redevient intéressant. Ajoutez plusieurs trajets longue distance : il devient incontournable.
Pour le calculer précisément avant d’acheter, utilisez le site Japan Guide ou son outil de simulation Hyperdia. Comptez les yens, pas les jours.
Sous-estimer la fatigue du décalage horaire
Tokyo est à +7h ou +8h de Paris selon la saison. Le décalage va dans le mauvais sens : on arrive frais le matin japonais et on s’écroule à 14h. Beaucoup de voyageurs prévoient une grosse journée d’arrivée et le regrettent.

Mon conseil : prévoir une arrivée légère (court trajet jusqu’à l’hôtel, dîner simple, dodo tôt) et garder les visites pour le lendemain. L’adaptation prend 2 à 3 jours. Ne réservez pas de tour culturel ou de Shinkansen le jour même.
Ne pas avoir de cash sur soi
Le Japon s’est beaucoup modernisé sur les paiements ces dernières années, mais il reste une économie où le cash est encore roi dans certains contextes : petits restaurants, sanctuaires, taxis dans les zones rurales, machines distributrices d’onsen. Et beaucoup de petits hôtels et ryokan exigent un paiement cash à l’arrivée.
Ayez toujours 20 000 à 30 000 yens en liquide sur vous. Les distributeurs des konbini (7-Eleven, Family Mart, Lawson) acceptent les cartes étrangères 24h/24, donc on n’est jamais coincé.
Oublier la carte Suica ou Pasmo
La carte Suica (ou Pasmo, c’est interchangeable) est une carte rechargeable acceptée dans tous les transports en commun du Japon, dans les konbini, dans les distributeurs automatiques, dans beaucoup de restaurants. Elle se prend en 30 secondes à n’importe quelle gare et change radicalement le quotidien : plus besoin d’acheter de billet à chaque trajet.

Depuis 2023, on peut aussi avoir une Suica directement dans son iPhone via Apple Wallet, ce qui est encore plus pratique. Faites-le avant le départ.
Visiter les sites populaires en milieu de journée
Fushimi Inari à 11h, Kiyomizu-dera à 14h, Asakusa à 15h : c’est l’enfer. Les mêmes lieux à 6h30 du matin sont magiques. La règle universelle au Japon : se lever tôt. Vraiment tôt. Avant 7h sur les sites majeurs.
Le compromis japonais : tôt le matin pour les sites célèbres, milieu de journée pour les musées et l’intérieur, fin d’après-midi pour les quartiers et les promenades.
Se vêtir comme à Paris
Au Japon, on se déchausse beaucoup. Restaurants traditionnels, ryokan, temples, certains musées, et bien sûr toutes les maisons. Une paire de chaussures qu’on enfile et enlève facilement (sans lacets compliqués) vous évite des contorsions quotidiennes.
Évitez aussi les chaussettes trouées (sérieusement) et préférez des socquettes propres. Et prenez des vêtements en couches : la météo change vite, et l’air conditionné dans les trains et les bâtiments est puissant.
Compter sur l’anglais partout
Tokyo en parle un peu, Kyoto un petit peu plus. Mais dès qu’on quitte les grands centres et les gares, l’anglais devient rare. Et même dans les restaurants populaires de Tokyo, on tombe souvent sur des serveurs qui ne le parlent pas du tout.

Apprendre quelques phrases de base avant de partir change tout. J’en ai fait un guide complet, mais le minimum vital : sumimasen (pardon), arigatou gozaimasu (merci), ikura desu ka (combien?), oishii (délicieux). Quatre mots qui vous changent le voyage.
Ne pas prévoir de connexion internet
Au Japon, sans internet, on est rapidement perdu. Google Maps est indispensable pour s’orienter, traduire des menus, comprendre les horaires de train. Trois solutions :
- Une eSIM achetée en ligne avant le départ (Airalo, Ubigi). C’est ce que je recommande aujourd’hui. ~15-25 euros pour 10 jours, activation immédiate
- Une SIM physique achetée à l’aéroport. Plus chère et pénible
- Un pocket WiFi, à louer en ligne et récupérer à l’aéroport. Bien si vous êtes plusieurs à partager
Prendre une valise trop grande
Les hôtels japonais sont petits. Les Shinkansen ont peu de place pour les grosses valises (et certaines doivent même être réservées séparément depuis 2020 si elles dépassent 160 cm). Les escaliers de gare et les ruelles d’Higashiyama avec une 30 kilos sur roulettes : un cauchemar.

Mon conseil : voyagez aussi léger que possible, et utilisez le service Yamato Takkyubin pour transférer votre valise d’un hôtel au suivant pendant que vous, vous prenez le train avec un sac à dos. ~2000 yens par bagage, livraison le lendemain. Tous les hôtels savent gérer.
Ne pas réserver les restaurants populaires
Les meilleures tables de Tokyo et Kyoto se réservent des semaines à l’avance, parfois plusieurs mois. Les sushi yas étoilés, les kaiseki réputés, les ramen-yas cultes. Ne pas réserver, c’est se résigner aux files d’attente ou aux options touristiques.
Les sites Tabelog (en japonais surtout, mais navigable) et Pocket Concierge (en anglais) permettent de réserver. Pour les ryokan et hôtels haut de gamme, demandez au concierge de vous aider.
Et la dernière, qui n’en est pas vraiment une
La plus belle erreur, c’est de penser qu’un voyage suffit. Le Japon n’est pas un pays qu’on visite, c’est un pays qu’on revient voir. Préparez-vous psychologiquement à devoir y retourner. Tout le monde le fait.
Pour aller plus loin, voyez aussi mon guide Comment se Déplacer au Japon, celui sur Combien Coûte un Voyage au Japon, et la FAQ Japon.