Que Faire à Kyoto : Mon Guide pour Échapper à la Foule

Que Faire à Kyoto : Mon Guide pour Échapper à la Foule

Kyoto est une ville qui se mérite. La première fois, on y arrive avec une liste un peu trop longue et on en repart en ayant à peine effleuré les choses. La deuxième fois, on commence à comprendre. La troisième, on y prend ses habitudes. C’est une ville qui ne se livre pas en deux jours, et qui récompense ceux qui acceptent de marcher, de bifurquer, et surtout de se réveiller tôt.

J’y retourne plusieurs fois par an, et à chaque visite je découvre un quartier que je ne connaissais pas, ou je redécouvre un temple sous une lumière différente. Voici ce que je conseille à quelqu’un qui veut vraiment voir Kyoto, et pas seulement la cocher d’une liste.

La règle d’or : se lever avant les autres

Si je devais ne donner qu’un seul conseil pour Kyoto, ce serait celui-ci. Les sites les plus connus comme Fushimi Inari, Kinkaku-ji ou le Bambou d’Arashiyama sont magnifiques à 6h30 du matin et invivables à 11h. Pas presque invivables : invivables. On y fait la queue pour prendre une photo, on est bousculé, on n’entend rien d’autre que le bruit des autres groupes.

À Fushimi Inari, je recommande d’arriver avant 7h. À cette heure-là, les torii rouges semblent s’enfiler à l’infini dans une lumière dorée, et on entend les corbeaux dans la forêt. C’est une expérience radicalement différente. Pareil pour le bambou : à 6h, c’est un sanctuaire ; à 10h, un couloir d’attente.

Les quartiers où se perdre

Gion, on connaît. Mais Gion, ce n’est pas que la rue Hanamikoji photographiée mille fois. Si vous montez par les ruelles vers Yasaka-jinja puis vers le quartier de Kodai-ji, vous tombez sur des passages pavés où, à la tombée du jour, les lanternes en papier s’allument une par une. C’est presque un cliché, mais c’est vrai.

Pontocho, le soir, est probablement la rue la plus photogénique de Kyoto. Une seule ruelle large d’à peine deux mètres, longue de quelques centaines, bordée de restaurants en bois noir avec leurs lanternes blanches. On peut y dîner pour 3 000 yens dans un izakaya minuscule, ou pour 30 000 dans un kaiseki étoilé. Choisir avant d’y aller, parce que tout sans réservation est compliqué.

Ruelle de Pontocho à Kyoto au crépuscule

Le quartier de Higashiyama, entre Kiyomizu-dera et Yasaka-jinja, est une succession de ruelles pentues bordées de boutiques traditionnelles. Sannenzaka et Ninenzaka sont les plus connues, donc bondées en journée. Le compromis : y aller juste après l’ouverture (autour de 8h30) ou juste avant la fermeture des boutiques (vers 17h30). Entre les deux, c’est une foire.

Nishijin, à l’ouest, est le quartier historique du tissage. Très peu de touristes y vont. On y trouve des ateliers, des maisons traditionnelles encore habitées, des cafés discrets dans des machiya rénovées. C’est ici que je vais quand j’ai besoin d’oublier que Kyoto est une destination touristique.

Les temples qui valent vraiment le détour

Kyoto a plus de 1 600 temples. Personne ne les fait tous, et c’est tant mieux. Voici ceux que je conseille en priorité :

Ginkaku-ji (le Pavillon d’Argent) est moins spectaculaire que son cousin doré, mais infiniment plus apaisant. Le jardin de mousses et le sentier de promenade derrière le pavillon sont une merveille, surtout en automne. Combinez-le avec le Chemin de la Philosophie qui descend vers Nanzen-ji : 2 km le long d’un canal bordé de cerisiers, parfait au printemps comme en novembre.

Jardin de mousses du Ginkaku-ji

Tofuku-ji est mon coup de cœur de l’automne. Le pont Tsuten-kyo qui surplombe une vallée d’érables rouges est un des plus beaux spectacles de Kyoto fin novembre. Mais attention : c’est devenu connu, donc même Tofuku-ji a sa file d’attente en haute saison. J’y arrive à l’ouverture, à 8h30.

Pont du Tofuku-ji en automne

Sanjusangen-do reste pour moi un des temples les plus impressionnants du Japon : 1 001 statues de Kannon dorées alignées dans une salle en bois de 120 mètres de long. C’est étrangement peu fréquenté par rapport à ce qui s’y trouve. À ne pas rater.

Daitoku-ji est un complexe de petits temples zen, dont plusieurs avec des jardins de pierre à couper le souffle. C’est calme, ouvert, et on peut y passer une matinée entière sans croiser plus de quelques personnes.

Arashiyama, mais autrement

Arashiyama, c’est le bambou et le pont. Et c’est aussi, neuf mois sur douze, une marée humaine. Pourtant, à 10 minutes de marche du sentier de bambou, on trouve le Gio-ji et son jardin de mousses, et le Adashino Nenbutsu-ji avec ses 8 000 statues de pierre. Très peu fréquentés. Le chemin entre les deux passe par des hameaux de maisons traditionnelles, et c’est là, à mon avis, qu’est le vrai Arashiyama.

Si vous prenez le petit train Sagano qui longe la rivière Hozu, descendez à Hozukyo, marchez quelques centaines de mètres et asseyez-vous au bord de l’eau. Le ravin est d’une beauté apaisante, surtout au moment des feuilles rouges.

Manger à Kyoto

Kyoto a sa cuisine propre, la kyo-ryori, et c’est la ville par excellence du kaiseki, ce dîner traditionnel à plusieurs services qui est à la cuisine japonaise ce que la haute couture est à la mode. Je conseille d’en faire un, au moins une fois, dans un ryokan ou un restaurant dédié. Comptez 15 000 à 30 000 yens par personne. C’est cher, mais le souvenir reste.

Pour le quotidien, je recommande sans hésiter le tofu : Kyoto est mondialement connue pour ses tofu, qu’on mange dans des restaurants de yudofu (tofu bouilli) autour de Nanzen-ji. C’est minimaliste, presque méditatif, et étonnamment satisfaisant.

Et puis il y a le Nishiki Market, la longue galerie marchande couverte qu’on appelle “la cuisine de Kyoto”. Plus touristique qu’avant, mais on y trouve encore des choses délicieuses : tamagoyaki tout chaud, brochettes d’anguille, pickles colorés, dashimaki. Allez-y le matin, avant 11h.

Combien de jours, et quand y aller

Honnêtement, 4 jours est le minimum pour ne pas avoir l’impression de courir. 5 ou 6 si vous voulez aussi faire Nara et un peu d’Osaka depuis Kyoto.

Quant à la saison : si vous pouvez choisir, fin novembre pour les feuilles rouges (la deuxième quinzaine est généralement la meilleure) ou fin mars / début avril pour les sakura. Évitez la Golden Week (29 avril – 5 mai) et la mi-août : tout est saturé. Janvier et février sont calmes, froids, et étonnamment magiques quand il neige sur les temples.

Se déplacer dans Kyoto

Kyoto a un métro modeste (deux lignes seulement) et un excellent réseau de bus, mais la vraie réponse, c’est la marche et le vélo. La ville est plate, les rues sont calmes, et louer un vélo pour la journée (~1 000 yens) change complètement la manière de la vivre. Les distances paraissent grandes sur la carte, mais à vélo on traverse Kyoto d’est en ouest en une demi-heure.

Le bus reste utile pour rejoindre Arashiyama ou Kinkaku-ji, qui sont éloignés du centre. Les bus sont bondés aux heures de pointe touristiques, encore une raison de partir tôt.

Où dormir

Pour la première fois à Kyoto, je conseille un ryokan, au moins une nuit. C’est un peu cher (à partir de 25 000 yens en couple avec petit-déjeuner et dîner kaiseki), mais l’expérience est différente de tout ce qu’on connaît. Pour le reste du séjour, un hôtel autour de la gare ou dans le quartier de Karasuma est pratique.

J’ai écrit un guide détaillé sur l’hébergement à Kyoto que vous pouvez consulter pour creuser le sujet.

Si vous préparez votre voyage, allez aussi voir mon guide Où Dormir à Kyoto et celui des meilleurs onsen au Japon, Kyoto et ses environs en comptent quelques-uns superbes.