Petites Cliniques Nippones Abandonnées

Petites Cliniques Nippones Abandonnées

Les habitués de Totoro Times le savent : je suis un amateur d’hôpitaux abandonnés et ce sont mes friches préférés. Non pas les grandes structures bétonnées et presque vides comme l’on trouve en Europe, mais les petites cliniques nippones, toutes en bois, qui s’écroulent paisiblement dans un coin de campagne sans emmerder personne.

Mon premier article “Les Hôpitaux Abandonnés du Japon” a maintenant un an et demi et c’était l’heure de rafraîchir le sujet. Alors suivez-moi, c’est parti pour une petite nouvelle petite balade à la découverte des haikyo !

La Cabane du Docteur (The Doctor’s Shack)

Suivant la très renommée Clinique de Nichitsu, c’est la “Cabane du Docteur” qui revient souvent sur la toile. Il faut le dire, sa situation est adorable : elle se trouve dans les environs de Nagoya entre un très vieux temple et une jolie rivière aux reflets bleutés. Un endroit de rêve pour une amourette d’une journée, au soleil, les pieds dans l’eau, et les cigales – “semi” Japonaises – qui chantent en fond…

Wooden Clinic of the Doctor's Shack

On rentre dans la vieille cabane. Elle sent le vieux bois et donne l’impression d’avoir été complètement oubliée ici. On le sait très bien pourtant : c’est une petite célébrité ! Mais elle ne semble pourtant en avoir aucune fierté. Elle moisit simplement et doucement sur une berge silencieuse où plus grand monde ne passe.

Reception at the Doctor's Shack

On passe la réception, et de derrière une ouverture (par lequel le pharmacien faisait passer les médicaments) l’on voit déjà le point d’intérêt de la vieille clinique. C’est en fait une sorte de vieille apothicaire, une pharmacie du passé, qui justement me rappelle une nouvelle fois l’univers Ghibli… la période d’avant-guerre, la campagne, et les Japonais occupés avec diverses activités.

Here it is !

Maintenant, dans cette pièce, il faut imaginer un docteur aux lunettes toutes rondes, sans le sourire. Il aime dégobiller les organes de ses patients à la serpe pour les analyser et ensuite, le soir venu, éclairé par la lune et de la petite lampe à huile posée sur son bureau, il concocte ses propres médicaments. Moment de calme et de concentration absolute pour ce spécialiste de la botanique. Ces produits ne sont pas toujours exactement destinés à guérir le patient directement, mais ce sont plutôt des expériences.

Abandoned Clinic of the Doctor's Shack

Les produits bruts qu’il utilise pour ses créations sont aujourd’hui pour la plupart considérés comme des poisons ou des drogues mais sont pourtant là, accessible à n’importe qui, les animaux comme les curieux. Et sûrement aussi que de vieilles bactéries se cachent encore dans quelques recoins de cette pièce ! Mais le lieu est respecté et plutôt en bon état, ce qui est un avantage incroyable du Japon en matière d’exploration.

Abandoned Medication of the Doctor's Shack

Notre visite est paisible, c’est une exploration calme, un peu la découverte d’un cabane de repos lors d’une randonnée. La seule vision un peu dérangeante est celle de cette poupée… mais le temps a rendu cet endroit bien plus beau et romantique qu’il ne l’était sûrement avant, c’est certain.

Hundred Years Old Doll

Hundred Years Old Doll

Hello Doctor's Shack

Hello.

Les seuls habitant de cette clinique sont maintenant malheureusement une tribu de moustiques assoiffés de sang qui nous feront presque fuir en courant ! Sûrement que l’esprit de l’ancien docteur les habite. Brrr. Endroit merveilleux mais pas si inoccupé qu’il en a l’air !

Entrance of the Doctor's Shack

Après cette promenade de santé, il nous fallait quelque-chose d’un peu pimenté. Et ça tombe bien car justement mes amis explorateurs Japonais ont découvert une nouvelle clinique abandonnée ! Ils ne l’ont pas visité par “manque de temps” mais ils seraient très intéressés que j’aille y faire un tour (étrange, non ?). Bien que curieuse, l’opportunité est bien trop excitante pour être mise de côté. Allons-y !

La Clinique du Courageux (The Clinic of the Brave)

Lors d’un week-end dans les montagnes avec des amis, je me décide de faire un petit détour et de m’arrêter au lieu décrit par mes amis Japonais. La clinique est magnifique, avec de doux contrastes entre ses vieilles planches de bois et les arbres très vivants qui la recouvrent. On en fait le tour… mais tout est bien fermé. On se décide alors à frapper à la porte du voisin : peut-être le propriétaire habite toujours dans le village, ou peut-être ce voisin aurait-il carrément les clés ? Une visite avec autorisation ne nous dérange bien-sûr pas du tout.

Wooden House Clinic

Un Japonais en blouse de docteur en surgit : c’est une autre clinique ! Bizarre qu’il n’y ait pas d’écriteau, mais enfin. L’homme nous explique que le propriétaire de la clinique abandonnée est mort il y a une vingtaine d’années et que son fils vit à Tokyo. On en refait le tour en même temps et pendant que le vieux docteur nous parle, je manipule discrètement une vieille fenêtre… qui s’ouvre doucement en laissant sortir un épais et impressionnant nuage de poussière ! Le Japonais se met de côté, très inquiet, et nous demande aussitôt de la refermer. J’essai de prendre une photo vite fait mais il me fait les gros yeux, l’air plutôt très stressé et effrayé. J’ai comme le sentiment bizarre qu’il s’est passé quelque-chose dans cet hôpital ! En tout cas, pour aujourd’hui, c’est raté.

On décide alors d’y retourner le week-end en suivant à 4h du matin. Bien avant que le soleil se lève et surtout… avant que notre nouvel ami Japonais ne se lève !

The Kid

Week-end suivant. Dans la nuit, on s’approche de la vieille maison qui a maintenant des allures de vieille cabane hantée. On évite soigneusement les toiles d’araignées : ce sont des argiopes frelons, et leurs corps jaunes tout gonflés ne m’attirent guère. Et la voici enfin : la fenêtre, l’accès un vieil hôpital que personne n’a jamais visité. Derrière moi, la fenêtre du voisin, de laquelle on peut même deviner le couloir de sa maison avec les toilettes, la chambre, et le bureau. Wah. Il ne faut surtout pas faire de bruit…

J’ouvre la fenêtre délicatement. Nos masques nous protègent peu de la poussière mais au moins nous retiennent de tousser. On s’introduit rapidement et le plancher grince. Ça y est ! On est rentré. C’est le noir complet, il y a de la poussière partout, mais nous sommes super excités à l’idée de découvrir un nouveau lieu.

Medication at the Clinic Of The Brave

La maison-clinique est en fait plutôt normale : une chambre à coucher, une cuisine nippone typique, la salle du docteur et la pharmacie. Les médicaments sont aussi bien plus modernes que ceux de la Cabane du Docteur, ce n’est cette fois pas un apothicaire. Et tout est bien trop récent pour y trouver le Saint Graal des hôpitaux abandonnés Japonais : les organes abandonnés des feu-patients dans du formol ! C’était mon lugubre espoir 😉

Une autre curiosité nous attends cependant : dans la chambre à coucher se trouve une corde pendue au plafond… et à côté, la photo du docteur que je n’ai pas osé publier. Mais alors… ce docteur aurait-il mis fin à ses jours ici ?

Pharmacie.

Pharmacie.

Autre bizarrerie, la salle du docteur est recouverte de bandes de tissus dans tous les sens. Que s’est-il passé ici ? Je n’en ai malheureusement aucune idée. J’espère que quelqu’un pourra me l’expliquer toutefois.

Il nous reste l’étage à explorer, l’escalier plongé dans le noir. Qui ira le premier d’entre-nous ? Refroidi, effrayé, personne ne se décide. Pierre-ciseau-papier, je perds, je dois monter !

Doctor's Room at the Clinic Of The Brave

Il se trouve que l’étage est un peu mieux éclairé que le rez-de-chaussée finalement, et rien ne s’y trouve non plus ! Sauf à part une vieille radio et quelques autres broutilles. Le fils du docteur vivait probablement dans cette partie de la maison, et il a apparemment tout emporté. Bref, ça sera tout pour l’histoire de cette clinique. Plus de peur que de mal, plus de d’espoirs que de surprises… mais une expérience inoubliable. Une bonne montée d’adrénaline douce, ce haikyo. Et quand à ses mystères, ils resteront avec son fantôme…

La Clinique du Sergeant (The Sergeant’s Clinic)

La situation de cette clinique est incroyable : elle se trouve en plein milieu d’un quartier résidentiel calme mais très fréquenté. On y trouve aussi un temple et quelques entreprises.

Pourtant cette vieille clinique est là, la gueule béante, invitant les passants à s’y perdre. Étrangement pourtant, les locaux l’ignorent et ne la voient même pas. Le secret de sa position exacte est aussi plutôt pas trop mal gardé.

Entrance of the Sergeant Clinic

On rentre discrètement, mais nos allures de touristes sont une excellente excuses même si on était vu.

Melancholia at the Sergeant Clinic

Dès les premiers pas, on ressent une atmosphère lourde dans cet hospital abandonné. Un mélange de la chaleur, le bourdonnement des moustiques, et l’odeur de pourri. Ce lieu – à la différence des autres – n’est pas romantique, n’est pas non plus un challenge, et encore moins mystérieux. Et pourtant, il possède un peu de tous de ses aspects, à sa manière.

Googles at the Sergeant Clinic

Le caractère de ce lieu est plus noir, plus obscène, plus sale. C’est aussi un vrai bordel, légèrement vandalisé. Ce lieu doit être plein d’histoires et à mon avis les locaux les gardent pour eux, de peur à s’attirer le mauvais sort.

Dining Room of the Sergeant Clinic

Même vue du jardin, le bâtiment est horriblement moche : c’est une sorte de maison Japonaise qui s’est vu rallongée avec un gros bloc de béton. C’est en fait la partie avec la salle du docteur (vue un peu plus haut).

Flowers at the Sergeant Clinic

Mais la curiosité de cet hôpital se trouve définitivement à l’étage. Les escaliers ne tiennent quasiment plus debout mais l’effort en vaut la peine : en haut se trouvent plein de juteuses petites découvertes !

Disgusting Stuff at the Sergeant Clinic

Soigneusement étiquetés, chaque bouteille contient des organes qui semblent être tous similaires. Mais quel genre d’organe est-ce ? Je n’en ai aucune idée. C’est juste écrit formalin – du formol – en Japonais. Sur la droite, il est indiqué si le possesseur était de sexe masculin ou féminin, c’est tout. Ça me semble plutôt très petit…

Organs at the Sergeant Clinic

Après l’observation dans le détail de ces organes abandonnés, il se fait faim. Mais restez encore un peu ! Il y a encore deux spots sur notre trajet. Partons un peu plus dans la cambrousse cette fois.

Centre d’Isolement des Variolés (Small Pox Hospital)

Nous nous trouvons maintenant sur la péninsule d’Izu, perdu entre deux montagnes, dans une forêt luxuriante. L’ambiance est à la “LOST”, on se sent perdu sur une île qui elle-même est au milieu de nulle-part… et c’est là que l’on tombe sur une ruine invraisemblable. D’autant plus lorsque l’on connait sa fonction : c’est un centre d’isolement pour les variolés, un sanatorium qui n’a que pour fonction d’écarter les malades du reste de la population, et de les laisser mourir loin de tout.

Entrance of the Small Pox Clinic

On marche dans les feuilles fraîches. La lumière est magique mais l’idée que le virus pourrait encore se trouver ici l’est beaucoup moins ! Qui sait, on pourrait même le ramener à Tokyo ?!? Relativisons un peu toutefois : le virus de la variole trouvé au beau milieu de la végétation n’aurait plus son pouvoir pathogène d’antan. On s’en tirerait avec une goutte au nez sûrement, et c’est tout 😉

On pénètre dans les entrailles de la bête de bois pour découvrir ses chambres. Il reste seulement des lits de pailles, des fenêtres bancales (qui tiennent encore debout), des lavabos et quelques petites babioles.

Magic Window of the Small Pox Clinic

Contrairement aux autres hôpitaux, rien ne s’y cache, mais peut-être beaucoup de fantômes ? Ils doivent être en train de courir partout en ce moment même, c’est vraiment dommage que je ne puisse pas les voir ! Mais attendez, j’ai justement une amie qui peut les voir… et son interview sera bientôt sur Totoro Times 🙂

Nice Day at the Small Pox Clinic

Une belle petite journée dans un petit coin de paradis avec un haikyo plein de mélancolie. Certain que les gens mourraient heureux ici, on repart avec le sourire.

La Clinique Blanche (The White Clinic)

Tout récemment, le monde des haikyo fut secoué par une nouvelle fournée toute fraîche de vieilles cliniques abandonnées secrètes. Il me faudra donc un 3ème article sur le sujet 🙂 Je garde les plus glauques pour plus tard, pour aujourd’hui finir avec une clinique qui a plutôt une bonne atmosphère : la Clinique Blanche.

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Pourquoi blanche ? Simplement car elle était toute blanche dans le passée. On peut encore voir les traces de peintures sur les planches de bois. Les traditionnels “Interdit de rentrer” s’y trouvent, placarder sur sa carcasse, mais on peut y lire aussi un autre message : “Danger d’effondrement”.  Bien-sûr ,c’est souvent le cas avec les haikyo… mais c’est la première fois que je le vois écrit.

Welcome to the White Clinic

On pénètre à l’intérieur. Directement, c’est la salle d’attente. C’est bien décoré, de beaux tableaux, des photos, et bien-sûr les inoubliables certificats et awards placardés sur les mûrs. Les calendriers indiquent tous 1992, mais il est possible que l’hôpital ait été arrêté avant cette année là. Pour une fois, il n’y a pas de pharmacie. Ce docteur devait sûrement envoyer ses clients à une pharmacie proche en prenant un petit pourcentage, comme cela se fait maintenant (au Japon en tout cas).

Please Wait

L’intérêt de cette hôpital, c’est tous les artefacts qu’il contient. Pas de petites potions magiques cette fois, mais un tas d’outils, des médicaments, un stéthoscope, un microscope, des centaines de seringues, le sac du docteur tout plein de vieille monnaie, de billets (et même étrangers), des analyses de sang (toujours sur leurs petites plaquettes)… il y a de quoi découvrir pour un docteur en herbe !

Doctor Bag

Stethoscope

Blood Samples at the White Clinic

Anti-Shock Seringes

L’hôpital est en effet bien endommagé et pas loin de s’écrouler : l’escalier qui mène à l’étage est en train de désosser complètement et on a l’impression qu’il va emmener toute la bâtisse dans sa descente en enfer en suivant. Mon ami Japonais en haut cependant alors je l’y rejoins prudemment. Le sol n’est vraiment pas stable, mais on fait attention… à chacun de nos pas…

Broken Windows

Unstable Floor

La dernière petite trouvaille dans ce haikyo c’est cet animal féroce qui semble plutôt être un mélange très bâtard. Un renard ? Un chien ? Une oeuvre du Docteur Frankein-san ? Vous saurez peut-être ? Il a l’air aussi curieux que nous ce p’tit rigolo.

Fox Rat at the White Clinic

Le soleil se couche et on s’extirpe silencieusement du vieil hôpital. La poupée qui le garde nous ignore complètement et c’est tant mieux : nous avons d’autres haikyo à fouetter alors c’est pas le moment de se faire accrocher par un mauvais esprit !

Scary doll of the White Clinic

Vous avez aimé ces 4 hôpitaux japonais abandonnés ? En prenant en compte les 3 de l’article précédent, vous avez peut-être un petit préféré, alors si c’est le cas faites-le nous savoir en commentaire ! Un prochain article viendra sur le sujet une nouvelle fois mais il présentera des hôpitaux beaucoup, beaucoup plus sombre… soyez prêt !

Qui suis-je

Je suis Jordy Meow, bienvenue sur mon blog Japon alternatif. Depuis 10 ans que j’y vis, j’y explore des lieux insolites, méconnus, abandonnés, et une multitude de jolis petits coins pommés. Ici, vous voyagerez dans un autre Japon, entre transportations et perplexités. N’hésitez pas à me soutenir via mon Tipeee. Merci 💜

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