Conduire au Japon, le guide du road trip

Conduire au Japon, le guide du road trip

Mis à jour en octobre 2026

Le Japon se découvre très bien en voiture, mais pas partout. Laissez-la de côté à Tokyo, Kyoto et Osaka, prenez-la pour Hokkaido, Kyushu, Shikoku, Izu ou les Alpes japonaises. Et si votre permis est français, belge ou suisse, une règle change tout : le permis international ne suffit pas, et la traduction officielle ne se demande qu’une fois arrivé au Japon.

Les routes de ce guide, je les ai parcourues entre 2015 et 2025, d’une plage de la mer du Japon où l’on roule sur le sable au plus haut col routier du pays. Voici ce qu’il faut savoir avant de prendre le volant, et ces routes, dates à l’appui.

Le permis : la règle qui piège les Français, les Belges et les Suisses

C’est le point que la plupart des voyageurs découvrent trop tard. Pour les permis délivrés en France, en Belgique, en Suisse, ainsi qu’en Allemagne, à Monaco et à Taïwan, le permis international n’est pas valable au Japon : il faut à la place une traduction officielle en japonais de votre permis, à présenter avec l’original.

Cette traduction est délivrée par la JAF, l’automobile-club japonais, et la démarche a changé : la demande se fait uniquement en ligne, et uniquement depuis le Japon. Impossible donc de s’en occuper avant le départ. Pour un permis français, belge ou suisse, elle coûte 6 000 yens et arrive en deux à trois jours ouvrés en moyenne, et on l’imprime soi-même dans n’importe quel konbini. Elle permet ensuite de conduire jusqu’à un an après l’entrée au Japon.

En pratique : faites la demande le jour de votre arrivée, et ne prévoyez pas de récupérer la voiture avant le troisième ou le quatrième jour. Les autres nationalités, dont les Canadiens, conduisent avec le permis international, à obtenir avant le départ. Tout le détail est sur la page de la JAF ↗.

Où la voiture vaut le coup, et où elle ne sert à rien

À oublier en ville. À Tokyo, Kyoto ou Osaka, le train et le métro vont partout, le stationnement coûte cher et se compte à l’heure, et la circulation n’a rien d’une promenade. Pour les grandes liaisons entre villes, le shinkansen reste plus rapide qu’une autoroute (voir comment se déplacer au Japon).

Indispensable à la campagne. Dès qu’on quitte les grandes lignes, les bus deviennent rares et beaucoup des plus beaux endroits ne sont desservis par rien. C’est là que la voiture change tout : Hokkaido, le plateau d’Aso et le reste de Kyushu (voir mon itinéraire Kyushu), Shikoku, la côte ouest d’Izu, la péninsule de Noto, le Tohoku, les Alpes japonaises, ou des îles comme Yakushima et Miyako.

La bonne formule est souvent mixte : le train pour les grandes distances, et une voiture louée sur place pour deux ou trois jours, dans la région qui le mérite.

Louer une voiture

Les grands loueurs japonais, Toyota Rent a Car, Nippon Rent-A-Car, Times Car Rental ou Orix, ont des agences près de presque toutes les gares importantes et des aéroports. Quelques choix font la différence.

  • Récupérez la voiture hors des grandes villes, à la gare d’une ville moyenne ou à l’aéroport régional. Vous prendrez vos marques sur des routes calmes.
  • Prenez petit. Les kei cars, ces petites voitures carrées à plaque jaune, passent partout sur les routes de montagne, là où une berline se sent à l’étroit.
  • Prenez l’assurance complète (franchise rachetée et indemnité d’immobilisation), qui coûte quelques centaines à un peu plus de mille yens par jour et évite tout souci en cas d’accrochage.
  • Demandez une carte ETC, le badge de télépéage, indispensable si vous comptez prendre l’autoroute ou un pass autoroutier.
  • Le GPS de bord parle souvent anglais et se règle par numéro de téléphone du lieu. Google Maps fonctionne aussi très bien, à condition d’avoir des données sur son téléphone.

Autoroutes, péages et pass

Les autoroutes japonaises sont excellentes, et chères. Sur un long trajet, le péage peut dépasser le prix du shinkansen. Pour les visiteurs étrangers, les sociétés d’autoroute vendent des pass à prix fixe, sur une région et pour quelques jours, à condition de louer une voiture équipée d’une carte ETC. Pour sept jours, avec une voiture normale :

  • Hokkaido : 13 500 yens (10 800 en kei car)
  • Tohoku : 14 900 yens (11 900 en kei car)
  • San’in, Setouchi et Shikoku : 14 700 yens
  • Kyushu : 17 200 yens

Il existe d’autres durées, et un pass couvrant presque tout le pays. Les conditions exactes sont sur la page de l’office de tourisme japonais ↗. Et beaucoup de belles routes ne sont pas des autoroutes : sur un road trip de campagne, on paie souvent très peu de péage.

Ce qui surprend sur la route

Une petite voiture sur une route de montagne étroite, avec un miroir de virage, en papier découpé
  • On roule à gauche. On s’y fait en quelques minutes ; les pièges sont aux carrefours et en sortant d’un parking, où le réflexe de se mettre à droite revient.
  • Les routes de montagne sont étroites, parfois sans ligne au milieu, et les virages aveugles sont équipés de grands miroirs orange. Ralentissez, et cédez le passage à celui qui est le plus près d’un renfoncement.
  • Les vitesses sont basses : 40 à 60 km/h sur route, 80 à 100 sur autoroute (parfois 120). Les Japonais roulent un peu au-dessus, mais les radars existent.
  • Arrêt complet aux passages à niveau, même quand rien n’arrive : c’est la loi, et la police y veille. Le panneau stop est un triangle rouge pointe en bas (止まれ).
  • Zéro alcool. Le seuil légal est si bas qu’il revient à zéro, les peines sont très lourdes, et même le passager qui monte avec un conducteur qui a bu est poursuivi. Si vous buvez un verre au dîner, la voiture reste au parking jusqu’au lendemain.
  • Les cols de montagne ferment l’hiver. Le col de Shibu est fermé de mi-novembre à fin avril, la White Road de Shirakawa-go de novembre à juin. Ailleurs, dès les premières neiges, des pneus neige deviennent indispensables : demandez-les au loueur.

Pour un autre son de cloche, un voyageur américain raconte sur Reddit, dans le fil « Driving in Japan, personal experience » sur r/JapanTravel ↗, son road trip de 2023 de Kusatsu à Kanazawa par le col de Shibu, Takayama et Shirakawa-go. Il l’a trouvé bien plus fatigant que ne le promettent les blogs : routes de montagne très étroites, panneaux souvent seulement en japonais, GPS qui se trompe sur les limitations à la campagne. Ses conseils rejoignent les miens : un copilote qui aide vraiment, une petite voiture, l’assurance complète, et du temps en plus sur chaque trajet.

Mes routes, dates à l’appui

Des routes que je n’aurais jamais vues sans voiture, dans l’ordre de mes passages.

La route de Laputa, au-dessus de la caldeira d’Aso (fin juillet 2015). Une petite route de crête qui semblait flotter dans les nuages. Elle s’est effondrée lors du séisme de Kumamoto en 2016 et reste fermée depuis, sans réouverture prévue : un rappel que les plus belles routes de montagne sont aussi les plus fragiles.

Une voiture roulant sur la plage de Chirihama, au bord de la mer du Japon

La plage de Chirihama, péninsule de Noto (21 juillet 2018). Environ huit kilomètres de sable si fin et si tassé qu’on y roule en voiture, au ras des vagues. C’est la seule plage du Japon où c’est possible. Elle ferme souvent, à cause de l’érosion ou de la météo : vérifiez avant d’y aller.

Une petite route qui serpente sur le plateau calcaire du karst de Shikoku

Le karst de Shikoku (7 juin 2020). Une route de crête à plus de 1 000 mètres, entre rochers calcaires et prairies, sur la frontière entre Ehime et Kōchi. Étroite, sans rien autour, et magnifique au coucher du soleil.

Le pont d’Eshima, une rampe très raide entre Matsue et Sakaiminato

Le pont d’Eshima, entre Matsue et Sakaiminato (5 juillet 2020). Vu de loin au téléobjectif, il ressemble à un mur de bitume. En vrai, la pente est raide mais tout à fait praticable : c’est un jeu de perspective, et le plaisir est de le voir avant de le monter.

La route en montagnes russes de Biei, une ligne droite qui monte et descend à travers les champs

La route en montagnes russes, près de Biei, Hokkaido (19 juillet 2021). Une ligne droite de plusieurs kilomètres qui plonge et remonte à travers les champs, au petit matin. Hokkaido est la région où conduire est le plus simple : routes larges, peu de trafic, et des paysages qui ne ressemblent à aucun autre au Japon.

Le col de Shibu et ses montagnes en automne, sur la route la plus haute du Japon

Le col de Shibu (26 octobre 2022, puis 16 octobre 2023). Le point le plus haut du réseau routier national japonais, à 2 172 mètres, sur la route qui relie Kusatsu à Shiga Kōgen. J’y suis passé deux automnes de suite, quand les mélèzes virent à l’or. C’est aussi la route du témoignage Reddit plus haut : magnifique, et exigeante.

La route côtière de Yakushima (18 et 19 mai 2025). Une seule route fait le tour de l’île, et sur la côte ouest elle traverse la forêt classée, où les singes et les cerfs s’installent sur la chaussée. La seule façon de voir l’île à son rythme.

Et si vous passez par Shirakawa-go entre juin et novembre, la White Road qui part vers Kanazawa à travers le massif du Hakusan vaut le péage (1 700 yens l’aller pour une voiture) : je l’ai prise le 26 octobre 2017, en plein automne.

Mes conseils pour un road trip réussi

Comptez large. Ajoutez un bon tiers au temps annoncé par le GPS sur les routes de montagne. Entre les limitations basses, les virages et les arrêts photo, les distances ne se parcourent jamais à l’heure prévue.

Arrêtez-vous dans les michi-no-eki. Ces michi-no-eki sont les meilleures pauses du pays : produits de la région, plats simples, et parfois un bain.

Faites le plein tôt. À la campagne, les stations ferment souvent en début de soirée. L’essence « regular » (レギュラー) convient à presque toutes les voitures de location.

Gardez des nuits sans voiture. Un road trip au Japon se combine très bien avec le train : rendez la voiture avant d’entrer dans une grande ville, et reprenez-en une plus loin.

Pour un road trip tout tracé, voyez la péninsule d’Izu, côte par côte ou l’itinéraire des Alpes japonaises, et n’oubliez pas la traduction de votre permis dans votre liste de bagages.

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