La péninsule d’Izu, c’est la mer, les onsen et le mont Fuji à deux ou trois heures de Tokyo. En réalité, ce sont quatre régions en une : la côte est et ses villes thermales, le sud de Shimoda et ses plages blanches, la côte ouest sauvage face au Fuji, et un centre de collines et d’histoire.
C’est une région que j’aime beaucoup, et j’y retourne depuis 2012 : un été de plages et de rizières, un mois de mars sous les premiers cerisiers, une nuit de février dans un vieux ryokan de Shimoda, un printemps d’azalées, un matin de décembre face au Fuji. Ce guide suit ces visites, côte par côte.
S’organiser : train sur la côte est, voiture pour le reste
Le train longe la côte est. Depuis Tokyo, le train limité Odoriko rejoint Itō en 1 h 45 environ et Shimoda, tout au sud, en 2 h 45 environ. Pour le centre, on passe par Mishima, sur la ligne du shinkansen, puis la petite ligne qui descend vers Shuzenji.
La côte ouest, elle, n’a pas de train du tout, et les bus y sont rares. C’est pourtant la plus belle. Si vous voulez voir Izu en entier, louez une voiture, à Mishima ou à Shimoda : la route qui fait le tour de la péninsule, entre falaises et petits ports, fait partie du voyage.

La péninsule d'Izu, côte par côte
La côte est, d’Itō à Inatori
La côte la plus accessible, celle des villes thermales où les Tokyoïtes viennent passer le week-end. Elle se visite très bien en train, et elle réserve deux surprises saisonnières.
Le tunnel d’azalées de Komuroyama

Au parc Komuroyama, à Itō, environ 100 000 azalées de quarante variétés couvrent les pentes d’une colline. Fin avril, certaines allées deviennent de véritables tunnels rouges et roses. J’y étais le 25 avril 2022, un matin de grand ciel bleu, et la floraison était à son sommet. L’entrée est gratuite, et un télésiège monte au sommet pour la vue sur la mer.
Juste à côté, le mont Ōmuro, un petit volcan tout rond couvert d’herbe, se gravit en télésiège, et le parc animalier Izu Shaboten, au pied du volcan, est célèbre pour ses capybaras qui prennent leur bain chaud en hiver.
Les 118 marches de poupées d’Inatori

Chaque année, de mi-février au début du mois de mars, le petit port d’Inatori couvre les 118 marches de son sanctuaire Susano de poupées de la fête des filles, les hina. C’est le plus grand étalage de ce genre du pays, et le spectacle, vu d’en bas, est étonnant. J’y suis passé le matin du 21 février 2020. En 2026, l’exposition s’est tenue du 14 février au 8 mars.
Shimoda et le sud, les plages et les cerisiers précoces
Shimoda, la ville des navires noirs
Tout au sud, Shimoda est une petite ville portuaire avec une grande histoire. En 1854, les navires noirs du commodore Perry y mouillent, et Shimoda devient l’un des deux premiers ports du Japon ouverts aux Américains, après plus de deux siècles de fermeture. La rue Perry Road, le long d’un petit canal bordé de saules et de vieilles maisons aux murs quadrillés de blanc, garde le souvenir de cette époque.

Mais on vient surtout à Shimoda pour la mer. La plage de Shirahama, au nord de la ville, a un sable très clair, une eau turquoise et, au bout de la plage, un petit torii rouge posé sur un rocher, celui du sanctuaire de Shirahama. Je l’ai photographiée en plein été, le 28 juillet 2012, puis hors saison, en mars 2018. Au sud, les petites criques de Tōji et de Yumigahama sont encore plus calmes.
Une nuit au ryokan Kanaya

Dans la vallée de Rendaiji, à quelques minutes de Shimoda, le ryokan Kanaya est une vieille auberge de bois fondée à la fin de l’époque d’Edo. Sa fierté est le Sennin-buro, « le bain des mille personnes », un immense bassin en cyprès d’environ quinze mètres de long, et c’est un bain mixte (tout savoir sur ces bains dans mon guide des onsen mixtes au Japon). J’y ai dormi le 20 février 2020 : vitres anciennes, boiseries sombres, jardins intérieurs couverts de mousse. Le bain accueille aussi les visiteurs de passage dans la journée.
Les cerisiers de février, à Kawazu et à Minami-Izu

Izu a sa propre variété de cerisier, le Kawazu-zakura, d’un rose plus soutenu et qui fleurit environ un mois avant les autres, dès février. Le spectacle le plus connu est celui de la ville de Kawazu : environ 850 cerisiers sur quatre kilomètres le long de la rivière, et à peu près 8 000 dans toute la commune. La fête de 2026 a duré du 7 février au 8 mars.
Plus au sud, à Minami-Izu, les 800 cerisiers de la rivière Aono, près des sources chaudes de Shimogamo, fleurissent au même moment, avec en prime des champs de colza jaune. C’est là que j’étais le 4 mars 2018, sous un ciel parfaitement bleu. La rivière Aono est en général moins fréquentée que celle de Kawazu. En 2026, la fête s’y est tenue du 1er février au 10 mars.
Entre les deux, dans la montagne, les sept cascades de Kawazu se découvrent par un sentier d’environ un kilomètre, celui du roman de Kawabata, La Danseuse d’Izu. Je les ai suivies en plein été, en juillet 2012, et c’est un bon refuge contre la chaleur.
La côte ouest, face au mont Fuji
La côte la plus sauvage. Pas de train, des routes qui serpentent, des falaises blanches, des petits ports, et surtout le Fuji qui apparaît de l’autre côté de la baie de Suruga.

Le cap des amoureux, Koibito-misaki. Un sentier mène à une cloche que les couples font sonner face au Fuji. J’y étais le 4 mars 2018 au coucher du soleil, quand le ciel passe au rose et que le Fuji n’est plus qu’une silhouette.
Dōgashima. Le cœur de la côte ouest, où je suis retourné plusieurs fois. Des îlots de roche pâle, des grottes marines, et des petits bateaux qui entrent dans la grotte de Tensōdō, dont le plafond s’est effondré en laissant un puits de lumière.

Les rizières en terrasses d’Ishibu. Près de Matsuzaki, des centaines de petites rizières descendent vers la mer. J’y suis resté jusqu’au coucher du soleil le 28 juillet 2012, quand le riz est d’un vert presque électrique. C’est l’un des plus beaux paysages de rizières que je connaisse aussi près de Tokyo.
Le plateau de Darumayama. Au nord de la côte ouest, à environ 600 mètres d’altitude, un vieux volcan offre l’une des plus belles vues du Fuji, posé au-dessus de la baie. J’y étais en décembre 2024 (Darumayama Kōgen, le Fuji plein cadre).
Le centre, de Nirayama à Shuzenji

Le centre de la péninsule est plus discret, mais il cache un monument étonnant : le four à réverbère de Nirayama. Achevé en 1857, il servait à fondre le fer des canons que le Japon voulait opposer aux navires occidentaux. Ses deux paires de cheminées de briques, hautes d’environ seize mètres et tenues par une armature métallique, sont le seul four de ce type ayant réellement fonctionné encore debout dans le pays, et il est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2015. Je l’ai visité le 3 mars 2018, sous un ciel d’hiver très pur.
Izunokuni · 500 ¥ · de 9h à 17h (16h30 d’octobre à février), fermé le troisième mercredi du mois · site de la ville ↗
Plus au sud, la ville thermale de Shuzenji est la porte d’entrée vers Darumayama et la côte ouest. Et au nord, aux portes de la péninsule, au-dessus de Mishima, les fossés en grille du château de Yamanaka se couvrent d’azalées fin avril (Les paradis d’azalées du château de Yamanaka, et tous les autres dans mon guide des plus beaux châteaux japonais).
Mon Izu, dates à l’appui
Izu change complètement d’une saison à l’autre. Voici mes visites, dans l’ordre.
- Le 28 juillet 2012, en plein été : la plage de Shirahama, les cascades de Kawazu, puis les rizières d’Ishibu au coucher du soleil (Une journée sur la péninsule d’Izu).
- Du 3 au 4 mars 2018, la fin de l’hiver : le four de Nirayama, Shimoda et Perry Road, les cerisiers de Minami-Izu, les criques du sud, puis le coucher de soleil au cap Koibito-misaki.
- Du 20 au 21 février 2020 : une nuit au ryokan Kanaya, puis les poupées d’Inatori au petit matin.
- Le 25 avril 2022 : les azalées de Komuroyama à leur sommet.
- Du 29 au 30 avril 2022 : le château de Yamanaka sous les azalées, au nord de la péninsule.
- Début décembre 2024 : le Fuji au-dessus de la baie, depuis Darumayama.
Quand partir à Izu

- Février et début mars, les cerisiers et les poupées. La saison la plus colorée : les Kawazu-zakura, les colzas, les poupées d’Inatori, et l’air assez clair pour voir le Fuji.
- Fin avril et mai, les azalées. Komuroyama, le château de Yamanaka, et une mer qui redevient bleue. Évitez simplement la Golden Week, où les routes de la côte sont saturées.
- Juillet et août, la plage. Shirahama et les criques du sud sont superbes, mais très fréquentées le week-end. Venez en semaine.
- De novembre à janvier, le Fuji. C’est la saison où il est le plus souvent visible depuis la côte ouest, avec un sommet déjà enneigé.
Mes conseils pour en profiter vraiment
Restez au moins une nuit. Izu en aller-retour depuis Tokyo, c’est cinq ou six heures de train pour quelques heures sur place. Une nuit dans un ryokan avec onsen change tout, et c’est l’esprit de la péninsule.
Choisissez une côte. Faire le tour complet en deux jours, c’est passer sa journée au volant. En train, la côte est et Shimoda se combinent bien. En voiture, la côte ouest mérite à elle seule une journée.
Guettez le Fuji tôt le matin. Il se cache souvent dans la brume l’après-midi. Les plus belles vues, depuis Darumayama ou le cap Koibito-misaki, se méritent au lever ou au coucher du soleil.
Izu se combine très bien avec sa voisine, Hakone : voir mon guide que faire à Hakone. Pour la géographie et l’histoire de la péninsule, la page péninsule d’Izu de Wikipédia ↗ est une bonne porte d’entrée.