Une route qui serpente dans les bambous nains, le mont Fuji posé de l’autre côté de la baie et deux horizons qui s’embrasent à la tombée du jour… À Darumayama Kōgen, un vieux volcan s’est offert une loge face au plus célèbre du Japon.
Balcon sur la baie
Au nord-ouest de la péninsule d’Izu, la route monte depuis Shuzenji jusqu’au plateau de Darumayama. Vers 620 mètres d’altitude, le relief s’ouvre brusquement. La baie de Suruga apparaît en contrebas, bordée par Numazu et les montagnes d’Izu. Puis le mont Fuji prend place au centre. Depuis ce point de vue situé au sud du Fuji, le relief du Hōei-zan ne rompt presque pas la ligne du volcan. À cette distance, sa silhouette retrouve ainsi un cône particulièrement régulier, avec de longues pentes qui semblent descendre jusqu’à l’eau. Le Fuji a rangé sa bosse pour la photo.


Plus haut, le sommet de Darumayama atteint 981,8 mètres. La vue s’élargit encore : baie de Suruga, village de Heda serré au fond de sa crique, péninsule d’Izu et, lorsque l’air est clair, chaîne des Alpes du Sud. Le décor empile la mer, les villes, les montagnes et le volcan sans laisser beaucoup d’espace vide.
Fuji part à New York
Cette perspective possède déjà une petite carrière internationale. En 1939, une photographie panoramique prise depuis le secteur de Darumayama fut choisie pour représenter le Japon à l’Exposition universelle de New York. Des techniciens avaient parcouru plusieurs régions autour du volcan à la recherche du meilleur angle. Darumayama l’emporta avec son Fuji dégagé, sa baie au premier plan et ses lignes presque trop bien ordonnées. Bien avant les drones et Instagram, cette vue avait déjà traversé le Pacifique en format panoramique.


Le peintre Yokoyama Taikan, célèbre pour ses innombrables représentations du mont Fuji, appréciait également cette silhouette vue depuis Izu. Ici, la montagne sacrée semble moins inaccessible. Elle reste immense, mais la baie lui offre enfin un premier plan à sa mesure.
Un volcan regarde l’autre
Darumayama possède lui aussi un passé volcanique. Ses éruptions se sont succédé entre environ un million et 500 000 ans avant notre époque, après la formation de la péninsule d’Izu. L’érosion a depuis adouci le relief, mais les longues pentes de l’ancien volcan structurent toujours le paysage.



Selon l’explication la plus courante, son nom viendrait de sa silhouette observée depuis les côtes de Yui ou de Shimizu. Sa masse arrondie évoquerait Bodhidharma (Daruma en japonais) assis en méditation. Un moine de pierre, installé depuis un demi-million d’années face au Fuji.


Autoroute dans les sasa
Le vent venu de la baie souffle fort sur les crêtes. Les arbres se raréfient et laissent place aux sasa, ces bambous nains capables de plier sans céder. Ils couvrent les pentes d’un tapis dense, vert en été, blond et argenté en hiver.



Le sentier s’y enfonce comme une tranchée. Par moments, seules dépassent la pointe du Fuji et quelques masses de nuages. Puis la végétation s’écarte, la route de la West Izu Skyline réapparaît en contrebas et déroule ses virages sur les collines. Une bande d’asphalte, une ligne de terre, un volcan au bout : le paysage a déjà fait le cadrage. Depuis le resthouse, un itinéraire rejoint notamment Kinkan-zan, le col de Heda puis Darumayama. La traversée complète proposée par la ville d’Izu couvre environ dix kilomètres. Sur les crêtes, les balises restent simples et le panorama sert volontiers de boussole.
Le soleil joue sur deux écrans
À la fin de la journée, le spectacle se dédouble. D’un côté, le soleil disparaît derrière les montagnes d’Izu et embrase les sasa. De l’autre, le mont Fuji reçoit les dernières lueurs : sa neige rosit, sa base devient violette et les nuages prennent lentement feu au-dessus de la baie.



Il suffit alors de se retourner pour changer de coucher de soleil. La route s’efface, les collines deviennent noires et le Fuji finit par flotter seul dans une lumière mauve. Darumayama porte le nom d’un maître de méditation. Face à ce panorama, tout le monde finit par adopter la posture.
Sur la même péninsule d’Izu : les paradis d’azalées du château de Yamanaka, et au pied du volcan, les champs de thé vert du mont Fuji. Accès et horaires sur le site de la ville d’Izu ↗, et l’histoire du mont Daruma sur Wikipédia ↗.