Fujisan Ryokan

Fujisan Ryokan, la nuit debout

Une auberge en bois au bout d’une route noire, trois étages de fenêtres sous les étoiles et un bain assez profond pour s’y immerger debout… À Fujisan Ryokan, tout pousse à la verticale, même la nuit !

Fuji sans montagne

On arrive après le coucher du soleil. La forêt a déjà avalé la vallée, les arbres et la rivière Toyosawa. Quelques lanternes éclairent l’entrée tandis que la façade se devine derrière les branches. Aucun mont Fuji à l’horizon. Ici, Fujisan s’écrit 藤三, et non 富士山. L’auberge se trouve à Namari Onsen, dans les montagnes de Hanamaki, au sud de la préfecture d’Iwate. Elle occupe seule ce repli de la vallée, avec la rivière pour voisine et la forêt tout autour. La dernière lumière avant les bois, c’est la réception.

Trois étages sous les étoiles

Une fois la porte franchie, il faut encore lever la tête. Le bâtiment principal, construit en 1941, aligne trois étages de bois de zelkova au-dessus de la rivière. Fenêtres, galeries et pignons se superposent jusqu’à former une silhouette étonnamment haute pour un ryokan de montagne.

L’eau thermale revendique six siècles d’histoire ; le bâtiment actuel est plus jeune, mais il semble avoir absorbé le reste. Depuis février 2026, le corps principal et le pavillon de Shirozaru-no-yu sont d’ailleurs enregistrés comme biens culturels matériels du Japon. Le bois n’a pas six cents ans, l’eau, presque.

Le singe blanc avait trouvé avant nous

Selon la légende, un ancêtre de la famille Fujii travaillait comme bûcheron au pied du mont Takakura lorsqu’il aperçut un singe blanc sortir d’une cavité rocheuse. L’animal venait tremper ses membres blessés dans une source jaillissant au pied d’un arbre katsura. Une première cabane aurait été installée vers 1443 pour permettre à la famille de profiter de cette eau. En 1786, un bâtiment plus vaste ouvrit le bain au public. Le singe donna ensuite son nom à Shirozaru-no-yu, le « bain du singe blanc ».

Un bain sans petit fond

Pour rejoindre Shirozaru-no-yu, on descend sous le bâtiment. En bas, une vaste salle de pierre s’ouvre sous un haut plafond. Le grand bassin ovale occupe presque tout l’espace ; le petit bain rond posé à côté ressemble à un simple point final. Le bassin principal a été creusé directement dans la roche. Sa profondeur moyenne atteint environ 1,25 mètre et la source jaillit sous les pieds, au fond même du bain. L’eau n’est ni transportée jusqu’à la baignoire ni remise en circulation : ici, la baignoire s’est installée sur la source.

On entre lentement, marche après marche, jusqu’à sentir l’eau remonter sur le torse. Puis on reste debout, presque en apesanteur, au milieu de la pièce. Au-dessus, les fenêtres et les galeries accentuent encore la profondeur. On se baigne au sous-sol tout en regardant le bâtiment monter autour de soi.

La chambre est quelque part

Après le bain, il faut retrouver son chemin. Yukata serré, cheveux encore humides, on s’engage dans un premier couloir de bois sombre. Mur rouge, fenêtres noires, banc turquoise sous les néons : l’auberge prend soudain des airs de pension japonaise oubliée au bout d’une ligne de train.

Quelques portes plus loin, le décor change. Le parquet laisse place à une moquette rouge, les murs deviennent plus sages et les chambres s’alignent sous les veilleuses. Fujisan Ryokan réunit un bâtiment historique, une annexe plus confortable et une aile réservée au tōji, ces séjours autrefois consacrés aux longues cures thermales. Dans cette partie, les chambres restent simples et les pensionnaires peuvent cuisiner dans un espace commun. Chaque couloir change d’époque avant de changer d’étage. Miyazawa Kenji fréquentait les lieux depuis son enfance et mentionna les eaux de Namari dans Nametoko-yama no kuma. Plus tard, l’écrivain Tamiya Torahiko séjourna plus d’un mois dans la chambre 20, au-dessus de l’entrée, pour écrire Ginshinjū. Quelque part derrière les portes, la littérature a donc elle aussi passé la nuit.

La nuit tient debout

Dehors, les étoiles restent accrochées au-dessus du toit. Dedans, le bois craque, les néons prolongent les couloirs et la source continue de jaillir sous le bain vide.

On était venu dormir dans un vieux ryokan. On garde surtout une géométrie étrange : une façade qui grimpe dans le ciel, un bassin qui s’enfonce dans la roche et une chambre cachée au bout d’un long corridor rouge. À Fujisan Ryokan, la nuit ne se couche pas, elle descend au sous-sol et attend debout dans l’eau chaude.

Le Tohoku des eaux chaudes et des lieux oubliés : le onsen de Nyuto, Tsurunoyu, et toujours en Iwate, la centrale hydroélectrique abandonnée de Wagakawa. Pour préparer la venue : l’office du tourisme de Hanamaki ↗, et l’histoire de Namari Onsen sur Wikipédia ↗.

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