Quoi faire à Hakone

Quoi faire à Hakone

Mis à jour en mai 2026

Hakone est la première escapade que tout le monde fait depuis Tokyo, et pour de bonnes raisons. À 90 minutes en train, une station thermale entourée de montagnes, un lac volcanique, le Mont Fuji en arrière-plan par temps clair, des dizaines de ryokan traditionnels, et un patrimoine artistique inattendu pour une si petite région. Le vrai sujet à Hakone n’est pas de savoir si vous y allez, c’est de savoir comment éviter de faire les choses comme tout le monde. Une nuit minimum, deux idéalement.

Hakone vaut plus que la boucle touristique d’un jour

Hakone est techniquement une caldeira volcanique vieille de 400 000 ans, dont le lac Ashi occupe la moitié sud. Le mont Hakone (1 437 m) est encore officiellement actif, ce qui explique les sources thermales (17 villages d’onsen répartis dans la région) et les fumerolles de soufre d’Owakudani. Au-delà de la géologie, Hakone est un point de passage historique : c’est ici que se trouvait l’un des principaux sekisho (postes de contrôle) de la route du Tokaido entre Edo et Kyoto, et la ville en a gardé l’âme d’étape soignée.

Le problème, c’est que tout le monde fait exactement le même circuit en un jour : Hakone Yumoto, téléphérique d’Owakudani, bateau-pirate sur Lake Ashi, musée en plein air, retour à Tokyo. Six heures de bus et de queues pour un résultat correct mais épuisant. Le secret, c’est de ralentir et de dormir sur place. Dès que les bus de touristes redescendent en fin d’après-midi, Hakone redevient ce qu’elle a toujours été : une station thermale calme dans une caldeira de cèdres.

Le torii flottant de Hakone-jinja et le lac Ashi

Le grand torii rouge planté dans l’eau du lac Ashi est l’une des photos les plus reproduites du Japon central. Le sanctuaire de Hakone-jinja, dont il est l’entrée maritime, date du IXe siècle et a été un lieu de culte important pour les samouraïs en route vers Kyoto. Allez-y tôt le matin (avant 8h) ou tard le soir : sinon la file pour la photo dépasse facilement les 40 minutes en haute saison.

Le lac lui-même se traverse en kaizoku-sen, les “bateaux pirates” colorés qui font la liaison Moto-Hakone-Togendai. C’est très kitsch et étonnamment plaisant. Par temps clair, le Mont Fuji apparaît à l’arrière-plan, et c’est l’une des meilleures vues du Japon depuis l’eau. Par temps couvert (la moitié de l’année), la traversée garde un charme brumeux propre. Pas de garantie Fuji : c’est ainsi.

Owakudani, la vallée du grand bouillonnement

Owakudani signifie “la grande vallée bouillonnante”. C’est une zone géothermique active où des fumerolles de soufre s’échappent du sol, et où l’on cuit des œufs dans l’eau à 80°C des sources naturelles. Les coquilles deviennent noires (chimie du soufre), et la légende dit qu’en manger un prolonge la vie de sept ans. Comptez 500 yens les cinq œufs. C’est touristique, c’est marrant, et c’est aussi la seule chose à faire si vous arrivez à Owakudani.

L’accès se fait par le ropeway de Hakone, l’un des plus longs téléphériques du Japon (4 km), avec vue plongeante sur Owakudani et le Mt Fuji. Note importante : le téléphérique ferme régulièrement à cause de l’activité volcanique. Les éruptions phréatiques de 2015 et 2019 ont fermé le secteur pendant des mois. Vérifiez l’état du jour avant de monter.

L’expérience ryokan, le vrai cœur de Hakone

Si vous ne devez faire qu’une seule nuit en ryokan traditionnel pendant votre voyage au Japon, faites-la à Hakone. La densité d’établissements de qualité y est plus élevée qu’ailleurs : environ 200 ryokan pour les 12 000 habitants permanents de la région. Ce qui crée une concurrence saine et beaucoup d’options pour tous les budgets.

Le programme classique d’un ryokan d’Hakone se déroule ainsi : check-in vers 15h, vêture du yukata, premier bain en fin d’après-midi (idéalement extérieur en rotenburo), dîner kaiseki de 8 à 12 plats servi en chambre vers 18h30-19h, futon installé pendant le dîner, deuxième bain le soir (silence, lune, étoiles), nuit sur futon, troisième bain au lever du jour, petit-déjeuner traditionnel à 7h30. Check-out à 10h. Onze heures de bain et de cuisine pour 30 000 à 80 000 yens par personne selon la catégorie.

Pour la sélection des établissements, voir mon guide complet Les meilleurs ryokan du Japon. Pour comprendre l’étiquette des bains avant d’arriver, voir L’étiquette des onsen au Japon.

Le côté offbeat : ce que la boucle d’un jour rate

👉 Le musée en plein air de Hakone (Hakone Open-Air Museum). 70 sculptures de Picasso, Henry Moore, Niki de Saint Phalle, Rodin, dispersées dans un parc de 7 hectares avec vue sur les montagnes. Une expérience artistique unique au Japon, qui mérite 2-3 heures. Le pavillon Picasso seul vaut le détour (300 œuvres permanentes, l’une des plus grandes collections privées au monde).

👉 Le sanctuaire Kuzuryū, sur la rive ouest du lac Ashi, à 30 minutes de marche de Moto-Hakone. Beaucoup moins fréquenté que Hakone-jinja, plus authentique, avec un torii dans l’eau lui aussi mais sans la file d’attente. Réservé aux gens qui acceptent de marcher 20 minutes.

👉 La passe ancienne de Hakone (Hakone Hachiri). Pour les randonneurs : on peut encore parcourir une portion du Tokaido du XVIIe siècle, sur 4 km de chemins pavés à travers la forêt, entre Moto-Hakone et Hatajuku. Les bornes de pierre originales sont en place. C’est probablement le tronçon le mieux préservé du vieux Tokaido.

👉 Les champs de thé vert au pied du Fuji (côté Shizuoka, accessible en train depuis Hakone). Une journée hors Hakone qui complète l’image, surtout au printemps.

👉 Hakone Yuryō, un onsen public moderne et architectural pour ceux qui ne dorment pas en ryokan. À deux pas de la gare de Hakone-Yumoto, magnifique en automne, beaux jardins, et tatoo-friendly avec préavis.

(Je note mes itinéraires Hakone sur Ikuzo, particulièrement utile pour planifier dans quel ordre faire la boucle sans repasser deux fois au même endroit.)

Pour les étrangers, pour les Japonais

Les étrangers font Hakone en day-trip depuis Tokyo, dans 80% des cas. C’est efficace mais sous-optimal. Les Japonais y viennent autrement : pour un weekend de couple, une nuit en ryokan, et une seule activité (le musée en plein air OU le lac OU Owakudani, pas les trois). Pour les amateurs, les Japonais reviennent plusieurs fois dans l’année en fonction des saisons. Hakone en novembre (momiji), en février (sakura précoces près des cours d’eau), ou en juin (hortensias le long du chemin de fer) sont trois Hakone différents.

Faits méconnus et surprenants

  • Hakone a son propre petit train à crémaillère (la Hakone Tozan Railway) qui grimpe la montagne en faisant des allers-retours en zigzag, parce que la pente est trop forte pour une montée directe. Inauguré en 1919, c’est le seul système suisse-style au Japon, et il est particulièrement spectaculaire en juin quand les hortensias bordent les voies.
  • Le Mont Fuji n’est visible depuis Hakone qu’environ 50% des jours, et beaucoup moins en été (couverture nuageuse). Les meilleures probabilités sont en hiver (décembre-février) entre 6h et 10h du matin. Ne planifiez pas votre voyage en comptant sur le voir.
  • Les œufs noirs d’Owakudani sont bouillis dans l’eau ferro-sulfurique de la source. La réaction chimique entre le sulfure d’hydrogène et le fer noircit la coquille. L’œuf intérieur est tout à fait normal, juste légèrement plus salé.
  • Le Hakone Free Pass est le pass régional le plus utilisé du Japon. Il couvre le train depuis Tokyo, tous les transports locaux (train, bus, téléphérique, bateau), et donne des réductions sur les musées. À 6 100 yens pour 2 jours depuis Shinjuku, il est rentable dès qu’on fait la boucle complète.
  • Le Pola Museum of Art, dans la forêt de Hakone, abrite l’une des plus belles collections d’impressionnistes japonais et français du Japon (Monet, Renoir, Van Gogh, Picasso). L’architecture du musée elle-même (par Yasuda Atelier) est remarquable : verrière dans la canopée, intégration totale au paysage.
  • Le sanctuaire de Hakone est lié à la légende du Kuzuryū, le dragon à neuf têtes qui terrorisait le lac Ashi au VIIIe siècle et fut converti au bouddhisme par le moine Mangan. La cérémonie mensuelle au sanctuaire Kuzuryū (le 13 de chaque mois) attire encore des centaines de pèlerins.

Quand y aller, comment s’y rendre

Depuis Tokyo : Odakyu Romance Car depuis Shinjuku, 75 minutes, 2 470 yens. C’est le moyen le plus confortable et le plus direct. Le JR via Odawara fonctionne aussi (et est couvert par le JR Pass jusqu’à Odawara).

Quand : novembre pour les momiji (probablement la plus belle période), juin pour les hortensias le long du Tozan Railway, février pour les sakura précoces au bord des onsen et les vues les plus claires sur le Mt Fuji. Évitez Golden Week (1ère semaine de mai) et les weekends de momiji : la région est saturée et les tarifs ryokan doublent.

Combien de temps : une nuit minimum, deux nuits idéalement. Avec deux nuits, vous faites la boucle classique le jour 2 (sans pression de retour à Tokyo le soir) et vous gardez le jour 1 et le jour 3 pour les choses moins courues (Open-Air Museum, randonnée Tokaido, second ryokan, café-pause à Gora). En day-trip, on coche, on ne vit pas.

Hakone, le Japon en concentré

Hakone est probablement la région japonaise qui condense le plus de choses dans le moins d’espace : un volcan actif, des bains thermaux, un grand lac avec vue Fuji, deux musées d’art international, des forêts de cèdres centenaires, un tronçon d’ancienne route impériale, et 200 ryokan. C’est à la fois le plus visité et le mieux gardé. La clé n’est pas d’y faire moins, c’est d’y rester plus longtemps et de laisser la station thermale ralentir le voyage. Deux nuits, et vous comprenez pourquoi les Tokyoïtes y reviennent quatre fois par an depuis trente ans.