À Uenohara, un sabre géant semble avoir réglé le sujet dès l’arrivée. Pourtant, le chemin repart derrière le sanctuaire, franchit un pont rouge et s’enfonce encore dans les bois. Au bout attend un katsura de neuf mètres de tour. Le duel est assez vite plié.
Première lame
Gundari-jinja se cache dans les montagnes de la préfecture de Yamanashi, près de la frontière avec Tokyo. On l’approche par une succession de chemins étroits et de torii pâlis, entre cèdres, érables et petits ponts jetés au-dessus de l’eau. Le bâtiment principal reste modeste, presque tassé dans l’ombre. À son côté, une immense lame métallique pointe vers le ciel, bien plus haute que le toit. Elle évoque l’expédition légendaire de Yamato Takeru vers l’est du Japon. Quelques bâtiments sombres, un carré de ciel bleu et un sabre totalement disproportionné : le décor tient debout sur ce contraste.


Les origines précises du sanctuaire restent incertaines. Les archives mentionnent toutefois un waniguchi (un gong rituel suspendu devant les lieux de culte) portant une inscription datée de 1511. Gundari-jinja comptait déjà suffisamment pour attirer la dévotion des guerriers, notamment celle de Takeda Shingen et des seigneurs Oyamada.
Gundari avant Gundari
Le nom cache une ancienne identité. Avant l’époque de Meiji, le site s’appelait Gundari Yasha Myōō-sha et dépendait de religieux du shugendō. On y vénérait Gundari Myōō, une figure courroucée du bouddhisme ésotérique. Le sanctuaire se trouvait alors plus haut, sur les pentes du mont Mikuni. Un incendie de montagne survenu à la fin du XVIe siècle aurait provoqué son déplacement vers son emplacement actuel. Puis la séparation officielle entre shintoïsme et bouddhisme a rebattu les cartes. Gundari Myōō s’est effacé au profit de Yamato Takeru, devenu la divinité principale. Le son de Gundari est resté. Son écriture actuelle contient même le caractère 刀, celui du sabre. La lame dressée près du sanctuaire ressemble à toute cette histoire résumée en métal.



Le sanctuaire a deux fins
Après le bâtiment principal, la visite pourrait s’arrêter. Elle reprend pourtant derrière lui pour environ six cents mètres de marche supplémentaires.



Le sentier remonte dans la forêt, croise un panneau avertissant de la présence d’ours, passe sous d’autres torii, puis rejoint un petit pont rouge.



Le sanctuaire possède ainsi deux conclusions : la première appartient aux hommes, avec son pavillon et son sabre ; la seconde attend plus loin, au fond des bois.



Neuf mètres autour d’une source
Devant l’okunoin, le sanctuaire intérieur, se dresse un immense katsura. Son tronc se divise en colonnes épaisses réunies sous une shimenawa, la corde sacrée qui marque la présence d’un kami. L’arbre aurait environ cinq cents ans. Il atteint quelque trente-trois mètres de hauteur et neuf mètres de circonférence.




Les chiffres aident à peine : sur place, le tronc remplit le regard, déborde du cadre et semble porter à lui seul la petite construction placée derrière lui. Une eau froide jaillit près de ses racines. Le katsura aime les terrains humides ; celui-ci est parfois surnommé « l’arbre de l’eau ». Ses multiples troncs paraissent s’être organisés autour de la source comme pour la protéger.




À la redescente, le grand sabre semble presque secondaire. L’un a été dressé pour raconter un héros. L’autre a grandi lentement autour de l’eau, tronc après tronc. Gundari-jinja conserve les deux, mais la montagne a clairement choisi son gardien.



Le Yamanashi des forêts continue avec la vallée de Shosenkyo et Nishizawa en automne. Et pour un autre sanctuaire avalé par la végétation, Heisenji. Accès et sentiers sur city.uenohara.yamanashi.jp ↗