Une stèle au bord d’une route, des hortensias qui débordent sur le chemin et plus de cinquante torii avalés par les cèdres… À Yokosuka, Fushimi Hakuseki Inari cache une petite part de Kyoto au fond d’un vallon.
Est-ce vraiment par là ?
Au fond de Taura Ōsaku-chō, dans les hauteurs de Yokosuka, la route se faufile entre quelques maisons avant de disparaître sous la végétation. Pas de grande avenue ni de boutique de souvenirs. Une stèle sombre portant les caractères 伏見白赤稲荷社 constitue presque le seul indice.


Il faut dépasser un petit parc pour enfants, suivre l’étroit vallon puis remonter la pente. Le chemin traverse une ancienne zone cultivée appelée Zen’ō. Les arbres se resserrent, les maisons s’effacent et un premier torii rouge apparaît entre les hortensias. Le sanctuaire commence par une question très simple : est-ce vraiment par là ?



Kyoto, format sous-bois
Fushimi Hakuseki Inari est un sanctuaire relativement récent. En 1966, une parcelle de l’esprit divin de Fushimi Inari Taisha, à Kyoto, y fut officiellement transférée selon le principe du bunrei. Une même divinité peut ainsi être honorée en plusieurs lieux sans quitter son sanctuaire d’origine.



Le lien avec Kyoto apparaît immédiatement : plus de cinquante torii jalonnent la pente, une concentration rare sur la péninsule de Miura. Mais ici, pas de foule compacte ni de tunnel vermillon parfaitement aligné. Les portiques grimpent entre les troncs, tournent avec le sentier et disparaissent parfois derrière les fougères. Kyoto a envoyé l’esprit. Yokosuka s’est chargée de la mousse.
Blanc-rouge, rouge surtout
Hakuseki s’écrit avec les caractères 白赤, « blanc » et « rouge ». La ville de Yokosuka rappelle qu’autrefois, des torii blancs et rouges se succédaient sur la pente. Aujourd’hui, le vermillon a clairement pris l’avantage.




Certains portiques gardent un rouge vif ; d’autres ont pâli sous la pluie, leurs bases noircies par l’humidité. Placés les uns derrière les autres, ils découpent la forêt en une série de cadres irréguliers. À chaque passage, le paysage change légèrement : un tronc, une pierre, une trouée de lumière. Le blanc s’est presque retiré du décor. Le nom, lui, n’a rien oublié.
Les hortensias prennent le passage
Au début de l’été, les hortensias accompagnent la montée. Leurs grosses têtes bleues, mauves ou encore vertes s’appuient contre les piliers rouges et débordent parfois jusqu’au milieu du sentier.



Le terrain du sanctuaire a été planté de pruniers, de pêchers, d’azalées, notamment des satsuki, et d’hortensias. La procession change donc de couleur avec les saisons. Sur les photos, le rouge des torii traverse un nuage de fleurs avant de replonger dans l’ombre des cèdres. À Fushimi Inari, les torii forment un tunnel. Ici, les hortensias essaient doucement de le refermer.
Plus de portes que de temple
Au sommet, le sanctuaire tient dans un minuscule pavillon vermillon entouré d’une balustrade. Une corde sacrée shimenawa, quelques bandelettes de papier blanc et de simples offrandes suffisent à marquer la présence du kami.




Un peu plus bas, une lanterne de pierre et deux bancs dépareillés occupent une petite trouée dans les bois. Entre les branches, on devine le vallon et les toits quittés quelques minutes plus tôt. Le lieu reste fréquenté lors du Hatsu-uma, la fête traditionnelle d’Inari célébrée au premier jour du Cheval, ainsi qu’en novembre pour l’anniversaire de l’installation de la divinité. Le reste du temps, la forêt reprend la conversation. Plus de cinquante portes pour atteindre un sanctuaire qui tient presque dans une seule pièce : le chemin avait manifestement besoin de davantage de décor que l’arrivée.
Le rouge disparaît derrière soi
La descente ramène vers les hortensias, la petite stèle et la route de quartier. Les torii se superposent une dernière fois, puis les arbres les effacent un à un.




Fushimi Hakuseki Inari n’est pas une copie miniature du célèbre sanctuaire de Kyoto. C’est son cousin sauvage : plus humide, plus solitaire, légèrement de travers et presque absorbé par la montagne. Kyoto possède des kilomètres de torii. Yokosuka, ici, a trouvé juste assez de rouge pour faire disparaître le chemin.



D’autres Inari loin des foules : le sanctuaire Takayama Inari, le Fushimi du nord, et Motonosumi Inari, ses torii face à la mer. Pour y aller : la ville de Yokosuka ↗.