Tokyo a une scène de marchés aux puces étonnamment riche, et presque tous se tiennent dans l’enceinte d’un sanctuaire shinto. Vous arrivez le matin tôt, vous traversez le torii, et vous tombez sur 50 à 200 stands de brocanteurs étalés à l’ombre des cèdres : kimono pliés en piles, céramique des années 50, vieilles affiches, daruma, montres mécaniques, appareils photo Nikon des années 70, statuettes de Bouddha, gravures sur bois. C’est l’un des meilleurs moyens de ramener du Japon quelque chose qui ne soit pas un souvenir d’aéroport.
Voici les huit marchés que je recommande, avec leurs jours, leur taille, et ce qu’on y trouve vraiment. La majorité ont lieu une ou deux fois par mois : vérifiez toujours les dates exactes sur le site officiel du sanctuaire avant de vous déplacer, ils sont annulés en cas de pluie.
Les grands classiques
Oedo Kottou Ichi (Tokyo International Forum)
Le plus grand marché d’antiquités en plein air du Japon. 250 stands sous les structures de verre du Tokyo International Forum à Yurakucho, deux dimanches par mois (généralement le 1er et 3e). Les marchands viennent de tout le Japon : c’est ici que vous trouverez les plus belles pièces (laque, sabre, céramique signée, kimono d’avant-guerre), mais aussi les prix les plus élevés. Allez-y dès 9h, ça grouille déjà. Site officiel.
Hanazono Jinja Antique Market (Shinjuku)
Tous les dimanches dans l’enceinte du sanctuaire Hanazono, à 5 minutes de la sortie est de Shinjuku. Une trentaine de stands, plus modeste que Oedo, mais hebdomadaire et toujours sous les arbres : ambiance plus intime. Bons stands de kimono d’occasion à prix raisonnables (3000-8000 yen pour un kimono encore portable). Annulé en cas de pluie. À combiner avec une matinée à Golden Gai (vide à cette heure-là).
Nogi Jinja (Akasaka)
Quatrième dimanche du mois, dans le sanctuaire Nogi à Roppongi. Une cinquantaine de stands, ambiance très tranquille parce qu’il est moins connu. C’est probablement mon préféré pour la chine décontractée : on a le temps de discuter avec les marchands (souvent des collectionneurs eux-mêmes). Spécialité maison : céramique japonaise et tissus indigo. À combiner avec le musée Nezu en bas de la colline.
Les marchés de quartier
Tomioka Hachimangu (Monzen-Nakacho)
Premier et deuxième dimanche du mois dans le grand sanctuaire de Monzen-Nakacho, l’un des coins les plus authentiquement shitamachi de Tokyo. Une trentaine de stands, plus orientés brocante populaire (vêtements japonais d’occasion, vaisselle, jouets vintage) qu’antiquités haut de gamme. Parfait combo avec une promenade dans le quartier (voir mon guide des quartiers méconnus de Tokyo pour Monzen-Nakacho).
Heiwajima Antique Fair (Ota)
Trois fois par an seulement (mars, mai, septembre), mais le plus grand marché couvert d’antiquités du Japon : 280 marchands rassemblés sur trois jours dans le Heiwajima Tokyo Ryutsu Center. Si vous tombez sur les dates, c’est l’événement à ne pas rater. Beaucoup d’objets de qualité musée et beaucoup de marchands de Kyoto qui font le déplacement. Calendrier officiel.
Setagaya Boroichi (Setagaya)
Le plus historique de tous : un marché qui a lieu seulement deux fois par an (15-16 décembre et 15-16 janvier) depuis 430 ans, dans le quartier résidentiel de Setagaya. Plus de 700 stands sur 800 mètres de rue piétonnière. C’est l’événement du calendrier des chineurs tokyoïtes : kimono ancien, vieux livres, calligraphie, ustensiles de la cuisine japonaise traditionnelle, et beaucoup de bric-à-brac. Très, très fréquenté, allez-y dès 8h ou en fin d’après-midi.
Les petits, charmants, à dénicher
Yasukuni Jinja (Kudanshita)
Tous les dimanches sauf en juillet-août. Dans l’allée principale du sanctuaire Yasukuni, plus connu pour des raisons politiques que pour son marché aux puces, mais le marché lui-même est très tranquille. Une trentaine de stands, beaucoup d’objets liés à l’ère Showa (radios vintage, jouets en fer-blanc, vinyles). Pour qui aime l’esthétique nostalgique japonaise des années 1940-60.
Roi Indoor Antique Market (Ariake)
Deux fois par an seulement, en janvier et en juillet, dans une grande halle couverte du quartier d’Ariake. 200+ marchands, parfait pour les jours de pluie ou les chaleurs d’été. Plus orienté marché professionnel (les antiquaires de province viennent acheter ici), mais ouvert au public et excellent pour la céramique et le mobilier.
Ce qu’il faut vraiment chercher (et acheter)
- Kimono d’occasion : 2000-10 000 yen pour des pièces très portables, jusqu’à 100 000 yen pour des pièces de soie ancienne ou des kimono de mariage. Évitez le kimono synthétique récent, vérifiez les coutures et l’état du bas.
- Céramique : les chawan (bols à thé), tokkuri (carafes à saké) et yunomi (tasses) à 500-3000 yen pièce sont les meilleurs souvenirs du Japon. Cherchez les signatures sur le dessous.
- Daruma anciens : les vieux daruma au visage usé sont infiniment plus beaux que les daruma neufs. 1000-5000 yen.
- Photographie vintage : Nikon F des années 60-70 en bon état pour 5000-15 000 yen, beaucoup moins cher qu’à l’étranger.
- Tissus indigo (boro) : textile japonais ancien réparé à la main. Devenu cher mais incomparable.
- Estampes (ukiyo-e) : attention, beaucoup de reproductions modernes. Les originaux d’Edo coûtent cher (50 000+ yen) et demandent un œil expert.
Conseils pratiques
- Liquide. La majorité des stands n’acceptent ni carte ni IC card. Retirez la veille (Seven Bank, Japan Post Bank acceptent les cartes étrangères).
- Marchandage. Un peu, oui, surtout en fin de journée. Ne pas espérer plus que 10-20 % de réduction. Soyez courtois, c’est un sport poli au Japon.
- Tôt ou tard. Tôt (8h-9h) pour les meilleures pièces. Tard (15h-16h) pour les meilleurs prix sur ce qui reste.
- Météo. Tous les marchés en plein air sont annulés s’il pleut. Vérifiez le matin même.
- Sac. Apportez un sac réutilisable solide. Les stands fournissent rarement.
- Douane. Pour les pièces de plus de 100 ans, demandez un certificat. Les antiquités japonaises classées biens culturels ne peuvent pas sortir du pays sans autorisation, mais c’est rare au niveau marché aux puces.
Si les marchés ne vous suffisent pas
Pour les jours sans marché, deux quartiers à arpenter pour les antiquités fixes :
- Nishi-Ogikubo. Une cinquantaine de boutiques d’antiquités sur 800 mètres autour de la gare. Atmosphère décontractée, bons prix, vendeurs souvent passionnés. Mon coin préféré pour chiner sans foule.
- Kappabashi (Asakusa). La rue des ustensiles de cuisine. Pas de l’ancien (sauf quelques boutiques) mais excellent pour des couteaux japonais, de la vaisselle artisanale, des moules à wagashi. À combiner avec une visite à Asakusa très tôt le matin.
Si vous chinez du côté de Tokyo, ne ratez pas mon guide des quartiers méconnus de Tokyo qui couvre Yanaka, Kuramae et Nishi-Ogikubo, trois pépites pour les chineurs. Et pour la suite, mon guide Que Faire à Tokyo.