Guide des Onsen au Japon

Guide des Onsen au Japon

L’onsen fait partie de ces expériences japonaises qui intimident — et c’est normal. Se déshabiller complètement devant des inconnus, ne pas savoir où mettre sa serviette, avoir peur de faire une gaffe… J’ai ressenti tout ça avant mon premier bain. Mais une fois dedans, on comprend pourquoi les Japonais y retournent encore et encore : c’est l’une des expériences les plus relaxantes qui soit.

Ce guide est pensé pour ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans un onsen. On couvre les règles essentielles, les meilleures destinations pour débuter, et les questions que tout le monde se pose (oui, y compris celle sur les tatouages).

Les règles de base

L’étiquette des onsen paraît compliquée, mais elle se résume à quelques principes simples. Une fois que vous les avez compris, tout devient fluide.

1. Lavez-vous avant d’entrer dans le bain. C’est LA règle fondamentale. L’eau du bain est partagée — vous ne vous lavez jamais dedans. Utilisez les douches et les tabourets prévus à cet effet, savonnez-vous entièrement, rincez-vous bien. Ensuite seulement, vous pouvez entrer dans le bassin.

2. Pas de maillot de bain. Les onsen traditionnels se pratiquent nu. C’est déroutant au début, mais tout le monde est dans la même situation — personne ne vous regarde. Les bains sont séparés par genre (hommes/femmes), sauf de rares exceptions.

3. La serviette ne va pas dans l’eau. Vous pouvez apporter une petite serviette (tenugui) pour vous couvrir en marchant, mais elle ne doit jamais toucher l’eau du bain. La plupart des gens la posent sur leur tête ou sur le bord du bassin.

4. Attachez vos cheveux. Les cheveux longs ne doivent pas tremper dans l’eau. Un élastique ou une pince suffit.

5. Restez calme et silencieux. L’onsen est un lieu de détente. Pas de téléphone, pas de photos, pas de conversations bruyantes. Profitez du silence.

Shima Onsen Open-Air Bath Over Mountain Stream

Par où commencer : les meilleures destinations

Tous les onsen ne se valent pas pour une première fois. Certains sont plus accessibles, d’autres plus spectaculaires. Voici ma sélection selon votre profil.

Pour une première fois facile : Hakone

Hakone est l’onsen le plus accessible depuis Tokyo — environ 1h30 en train. La région regorge de ryokan et d’établissements de jour habitués aux visiteurs étrangers. Si vous êtes nerveux, c’est l’endroit idéal pour commencer. Les eaux sont généralement alcalines et douces pour la peau.

Pour se balader en yukata : Kinosaki

Kinosaki est le paradis du « onsen-hopping ». La ville compte sept bains publics, et la tradition veut qu’on passe de l’un à l’autre en yukata. C’est aussi l’une des rares destinations ouvertement accueillante pour les tatouages. L’ambiance est magique le soir, quand les ruelles s’illuminent.

Pour l’atmosphère légendaire : Ginzan

Ginzan ressemble à un décor de film — et pour cause, c’est l’une des inspirations du Voyage de Chihiro. Les bâtiments en bois de l’ère Taishō bordent une rivière, éclairés par des lanternes à gaz. En hiver, sous la neige, c’est irréel. Attention : l’accès est limité en haute saison (réservation obligatoire pour les visites nocturnes en hiver).

Winter Wonderland: Ginzan Onsen - A Serene Japanese Hot Spring Town

Pour l’eau la plus intense : Kusatsu

Kusatsu est l’onsen le plus célèbre du Japon — et le plus acide. L’eau a un pH d’environ 1,7 à 2,1, ce qui lui donne une sensation intense et une odeur minérale distinctive. Le centre-ville est organisé autour du Yubatake, un champ de sources chaudes fumantes. C’est spectaculaire, mais prévoyez une peau un peu sensible après le bain.

Pour le luxe et la nature : Kurokawa

Kurokawa est un village de montagne au Kyushu, conçu autour de l’expérience onsen. Les rotenburo (bains extérieurs) sont nichés dans la forêt, au bord de la rivière. L’ambiance est romantique et rustique — lanternes le soir, architecture en bois, silence. Un pass permet de visiter trois bains de votre choix parmi les différents ryokan.

Pour un bain historique : Dōgo

Dōgo Onsen à Matsuyama est le bain public le plus ancien du Japon — et l’un des plus beaux. Le bâtiment principal (Honkan) est une merveille architecturale. C’est aussi l’une des meilleures options pour les débutants : les règles sont clairement affichées, et le personnel est habitué aux visiteurs étrangers.

Pour la variété : Beppu

Beppu est la capitale des onsen au Japon — huit quartiers thermaux, des dizaines de types d’eaux différentes, et des « enfers » (jigoku) à visiter pour le spectacle (trop chauds pour s’y baigner). Si vous voulez explorer la diversité des eaux japonaises, c’est ici.

Serene Traditional Japanese Onsen Bath Interior

Comprendre les différentes eaux

Toutes les eaux thermales ne sont pas identiques. Le Japon classe ses sources en une dizaine de types selon leur composition chimique. En pratique, voici ce que vous ressentirez :

  • Eaux alcalines (pH élevé) — Douces, « savonneuses », agréables pour la peau. C’est le cas de Gero et de nombreux bains à Hakone.
  • Eaux acides (pH bas) — Plus intenses, avec une odeur minérale prononcée. Kusatsu en est l’exemple extrême.
  • Eaux sulfureuses — Reconnaissables à leur odeur d’œuf et parfois leur couleur laiteuse. Noboribetsu et certains bains de Beppu.
  • Eaux ferrugineuses — Teinte rouille-orangée, riches en fer. Le « Kinsen » d’Arima est célèbre pour ça.
  • Eaux salines — Salées, réchauffantes, bonnes pour la circulation. Fréquentes dans les onsen côtiers.

Si vous avez la peau sensible, commencez par des eaux alcalines ou neutres. Les eaux acides peuvent piquer un peu sur les petites coupures ou irritations.

Et si j’ai des tatouages ?

C’est LA question que tout le monde se pose. La réponse : ça dépend.

Historiquement, de nombreux onsen interdisent les tatouages à cause de leur association avec les yakuza. Cette règle s’assouplit progressivement, mais elle reste fréquente dans les grands établissements et les bains publics traditionnels.

Vos options :

  • Kinosaki — Les sept bains publics sont officiellement ouverts aux personnes tatouées. C’est rare et précieux.
  • Bains privés (kashikiri) — La plupart des ryokan proposent des bains privés réservables à l’heure. Vous y êtes seul ou en couple/famille, donc aucun problème.
  • Ryokan avec bain dans la chambre — Les établissements haut de gamme ont souvent un rotenburo privé dans chaque chambre.
  • Patchs de camouflage — Certains onsen acceptent de couvrir les petits tatouages avec des patchs adhésifs. Mais cette politique varie — demandez avant.

Dans le doute, contactez l’établissement à l’avance. Un simple email suffit généralement.

Conseils pratiques

L’eau est chaude. Vraiment chaude. Certains bains dépassent les 42-43°C. Entrez progressivement, et si vous vous sentez étourdi, sortez faire une pause. Alterner entre le bain chaud et l’air frais (ou un bain froid si disponible) fait partie de l’expérience.

Hydratez-vous. Buvez de l’eau avant et après. La plupart des vestiaires ont des fontaines ou des distributeurs.

Évitez l’alcool avant le bain. L’eau chaude dilate les vaisseaux sanguins — combiné à l’alcool, ça peut provoquer des malaises. Gardez le saké pour après.

Apportez deux serviettes. Une petite pour vous couvrir en marchant (et poser sur votre tête dans le bain), une grande pour vous sécher après.

Prévoyez du liquide. Les petits onsen locaux n’acceptent souvent que le cash. L’entrée coûte généralement entre 300 et 1 000 ¥.

Snow Monkeys at Jigokudani Hot Springs in Japanese Alps

L’onsen est l’une de ces expériences qui semblent compliquées de l’extérieur mais deviennent naturelles dès qu’on s’y met. Après votre premier bain, vous comprendrez pourquoi les Japonais considèrent ça comme un art de vivre. Et vous aurez probablement envie d’y retourner dès le lendemain.