Se déplacer au Japon, c’est un plaisir. Non, vraiment. Le réseau de transport est si bien conçu qu’une fois que vous avez compris les bases, tout devient fluide. Après des années passées ici, j’ai mes habitudes, mes astuces, et quelques convictions fortes sur ce qui vaut le coup — et ce qui est surcoté. Ce guide, c’est tout ce que j’aurais aimé savoir avant mon premier voyage.
La marche : votre meilleur allié
Le Japon est un pays incroyablement agréable à parcourir à pied. Les trottoirs sont propres, les rues sont sûres à toute heure, et les distances en ville sont souvent plus courtes qu’on ne l’imagine. À Tokyo, Kyoto ou Osaka, marcher est non seulement possible, mais c’est la meilleure façon de découvrir les quartiers.
Prévoyez des chaussures confortables — vous marcherez bien plus que d’habitude, surtout si vous visitez des temples ou des quartiers commerçants. Google Maps fonctionne parfaitement ici et donne des itinéraires piétons très précis. Et si vous avez faim ou soif en chemin, il y a un konbini à chaque coin de rue.

Les cartes IC : indispensables
La première chose à faire en arrivant, c’est de vous procurer une carte IC — Suica, Pasmo ou ICOCA, selon la région. En pratique, elles fonctionnent toutes partout. Vous la chargez, vous bipez en entrant et en sortant du métro ou du bus, et c’est tout. Pas de tickets à acheter, pas de files d’attente aux machines.
Depuis 2023, les cartes physiques sont devenues difficiles à trouver pour les touristes. La bonne nouvelle, c’est que Suica est disponible sur iPhone via Apple Wallet — vous ajoutez du crédit directement depuis votre téléphone, c’est magique. Si vous êtes sur Android, l’application Mobile Suica fait la même chose. Pour ceux qui veulent une carte plastique, cherchez les “Welcome Suica” dans les gares principales ou les aéroports.
La carte IC ne sert pas qu’aux transports : vous pouvez payer dans les konbini, les distributeurs automatiques, et beaucoup de restaurants. C’est le moyen de paiement le plus pratique au quotidien.
Le train : le roi des transports
Le réseau ferroviaire japonais est une merveille. Ponctuel à la seconde près, propre, et d’une couverture impressionnante. Pour les trajets urbains, le métro et les trains locaux suffisent largement — et votre carte IC gère tout.

Pour les longues distances, le Shinkansen est une expérience en soi. Tokyo-Kyoto en 2h15, Tokyo-Hiroshima en 4h — le tout dans un confort absolu. Les sièges sont spacieux, il y a des prises électriques, et vous pouvez manger votre ekiben (bento de gare) en regardant le paysage défiler.
Un mot sur le Japan Rail Pass : depuis l’augmentation massive des prix en 2023, il n’est plus le bon plan automatique qu’il était. Pour un aller-retour Tokyo-Kyoto, le pass 7 jours revient plus cher que deux billets simples. Mon conseil : calculez vos trajets avant d’acheter. Les pass régionaux (JR Kansai, JR Hokkaido, JR Kyushu) offrent souvent un bien meilleur rapport qualité-prix si vous restez dans une zone.
Pour réserver vos Shinkansen, l’application SmartEX est un gain de temps considérable — vous réservez, vous choisissez votre siège, et vous passez directement aux portiques avec votre téléphone ou votre carte bancaire. Plus besoin de faire la queue au guichet.
Les vols domestiques : pour les grandes distances
Le train est roi, mais pour Okinawa ou Hokkaido, l’avion devient intéressant. Les compagnies low-cost comme Peach ou Jetstar Japan proposent des vols à partir de 4 000 ¥ si vous réservez à l’avance. Même les compagnies classiques (ANA, JAL) ont des tarifs spéciaux pour les résidents étrangers.
Les aéroports japonais sont un plaisir en eux-mêmes : rapides, bien organisés, et souvent connectés directement au réseau ferroviaire. Haneda, l’aéroport domestique principal de Tokyo, est à 20 minutes du centre en monorail. Pas de comparaison avec les aéroports européens.
Le ferry : l’option oubliée
Peu de touristes y pensent, mais les ferries au Japon sont fantastiques. Il existe des lignes de nuit entre les grandes îles — Osaka vers Kyushu avec Ferry Sunflower, Tokyo vers Hokkaido avec Taiheiyo Ferry — avec des cabines confortables et des bains à bord. Vous dormez, et vous arrivez le matin. C’est plus lent que le Shinkansen, mais c’est une aventure en soi.

Pour les îles plus petites — les îles de la mer intérieure de Seto, les îles du sud d’Okinawa, ou les îles isolées comme Aogashima — le ferry est souvent le seul moyen d’accès. Consultez les horaires à l’avance, car certaines lignes ne fonctionnent qu’une ou deux fois par jour.
La voiture : pour sortir des sentiers battus
Si vous voulez explorer le Japon rural — et je vous y encourage fortement — la voiture de location est indispensable. Le réseau de transport en commun couvre bien les grandes villes, mais les coins les plus beaux du pays (les montagnes du Tōhoku, les côtes de Shikoku, la campagne de Kyushu) sont souvent inaccessibles autrement.

Vous aurez besoin d’un permis de conduire international (à obtenir avant votre départ). On roule à gauche, comme au Royaume-Uni, mais les routes sont excellentes et bien signalées. Les autoroutes sont chères — comptez un budget péage conséquent — mais la carte ETC permet de payer automatiquement et donne accès à des réductions pour touristes.
Les agences de location (Toyota Rent a Car, Nippon Rent a Car) sont fiables et proposent souvent des voitures avec GPS en anglais. Réservez en ligne, récupérez la voiture à la gare la plus proche, et partez explorer. Les prix sont raisonnables, surtout hors saison.
Le vélo : pour les journées tranquilles
Le vélo est un mode de déplacement très courant au Japon. Dans les petites villes et les villages, c’est souvent le moyen le plus agréable de se balader. Beaucoup d’hôtels et de ryokan prêtent des vélos gratuitement à leurs clients.

Pour une expérience mémorable, la Shimanami Kaido — une route cyclable de 70 km reliant Onomichi à Imabari en traversant six îles de la mer intérieure de Seto — est absolument incontournable. Des ponts suspendus, des panoramas sur la mer, des petits villages de pêcheurs : c’est l’un des plus beaux itinéraires cyclables au monde.
LUUP : les trottinettes et vélos électriques
Depuis quelques années, LUUP a envahi les grandes villes japonaises avec ses trottinettes et vélos électriques en libre-service. Vous téléchargez l’application, vous scannez un QR code, et c’est parti. C’est pratique pour les trajets courts en ville, quand le métro est excessif et la marche un peu longue.
Les stations LUUP sont partout à Tokyo, Osaka et Kyoto. Le tarif est raisonnable — environ 4 ¥ par minute pour une trottinette. Attention toutefois : les trottinettes sont limitées à 20 km/h et doivent circuler sur la route, pas sur les trottoirs. Et le casque, bien que recommandé, n’est pas obligatoire pour les adultes au Japon.
Mes conseils pratiques
- Google Maps est votre meilleur ami — il intègre tous les horaires de trains, bus et métros en temps réel.
- Gardez toujours du liquide — certains bus ruraux et petits ferries n’acceptent que le cash.
- Téléchargez les cartes hors ligne — dans les zones rurales, la connexion peut être faible.
- Évitez les heures de pointe — entre 7h30 et 9h à Tokyo, les trains sont bondés. Si possible, décalez vos déplacements.
- Faites vos bagages intelligemment — les escaliers dans les gares sont nombreux et les ascenseurs rares. Les services de livraison de bagages (takkyubin) sont géniaux : envoyez votre valise d’hôtel en hôtel pour 2 000 ¥.
Le Japon est un pays où l’on peut voyager sans stress, à condition d’être un minimum préparé. Avec une carte IC, Google Maps et un peu de curiosité, vous irez partout. Et si vous vous perdez ? Demandez. Les Japonais sont incroyablement serviables, surtout quand ils voient un voyageur un peu perdu devant un plan de métro.